Qui sommes nous ?



*************** QUI SOMMES NOUS ?
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Nous sommes une association d'amateurs qui pratiquons la reliure pour notre propre plaisir. Notre local se situe à Draveil, au fond de l'allée du Portugal, qui longe la base de Loisirs.
Notre atelier est ouvert les Samedi matin (9h-12h) et après-midi (14h-17h), en présence de notre professeur, Mme Royer; mais également le Mardi matin et le Jeudi matin, sans cette dernière, et cela toute l'année à l'exception des jours fériés du calendrier.
Nous recevrons avec plaisir toute personne intéressée par la mise en valeur ou la sauvegarde des livres, pour connaître notre travail, nous voir à l'ouvrage, poser des questions au professeur, éventuellement s'inscrire à notre atelier, pourquoi pas ? ... cela à tout moment de l'année.
Donc à bientôt.........


Un mot du Président.
Ce blog est le blog de tous les Lieurs. Chacun peut y intervenir librement, insérer du texte, des photos,... Il n'y a pas de censure. Certes, on le constatera; la signature est le plus souvent celle du Président...timidité ? réticence devant l'ordinateur ? Allez savoir ! Peu importe; qui a choisi le rôle de l'animateur se doit de l'assumer !
Mais là n'est pas mon propos. Animateur, certes, mais pas formateur (il y a un professeur pour cela). Dans mes articles, je présenterai des travaux d'adhérents. Je n'ai pas qualité pour les juger. Le choix des œuvres présentées ne résulte que de la bonne volonté des adhérents de me les confier pour les photos. Les remarques que j'y ferai ne reflètent que l'impression d'un quidam qui, certes, aime les beaux livres, mais sans compétence particulière sur le sujet. Je me donne la position d'un journaliste, aucunement celle d'un spécialiste. Je tenais à préciser ce point, afin qu'il n'y ait pas de malentendu.




jeudi 21 juin 2018

Les Lieurs en deuil

C'est une triste nouvelle qui nous est parvenue ce Jeudi 14 Juin 2018 en milieu d'après-midi; notre professeur de reliure, Mme Marie-Odile Hérault-Royer, venait de décéder à l'hôpital d'Angoulème, des suites d'une longue maladie.
Marie-Odile, que l'atelier a connue sous le nom de Mlle Royer, née le 13 Mai 1959, a acquis, après des études classiques, des compétences pointues en reliure à travers plusieurs diplômes et stages de formation.
- CAP Reliure -main en 1981
- Diplôme de l'Union Centrale des Arts Décoratifs (section reliure-dorure-décor du livre) en 1982
- Formation complémentaire Société Internationale des Maîtres de la Reliure d'Art à Gand (Belgique) en 1981
- Nombreux stages dédiés:
     - Dorure sur tranche" (Ecole Estienne,1982), Papiers marbrés (1983), Restauration de papiers (1983 et 1988), Décoration, maquette de livre (Ecole Estienne, 1983), Restauration du cuir (Vesinet 1987), Tranchefile antique (1988), Restauration du livre (BNF, 1990, 1991).

Photo communiquée par Jacqueline

 Elle obtient la Médaille de bronze des Arts-Sciences-Lettres en 1990.

Après cette formation, elle exercera à la Bibliothèque Nationale à la restauration des documents, puis aux Archives Nationales à la restauration des sceaux, où elle travaillait encore à l'annonce de sa maladie.

Elle aura rejoint l'atelier des Lieurs le 14 Octobre 1991.

Elle épouse Jean-Michel Hérault le 8 Octobre 2016 (cf article à cette date), qui l'accompagnera jusqu' à ses derniers jours.

C'est donc une amie, un guide et une grande professionnelle qui nous a quittés.

Ecoutons quelques uns de nos amis, qui ont connu Marie-Odile avant qu'elle n'entre en maladie:

Paulo: "Quand je suis arrivé au club « Les lieurs de Sénart » je ne connaissais rien à la reliure. Je suis donc parti de zéro et grâce à Marie Odile j’ai franchi les étapes qui m’ont permis d’arriver à relier mon premier livre.
Sa disponibilité, ses  encouragements lors des étapes qui parfois me semblaient insurmontables, ses démonstrations lors des difficultés, sa gentillesse font que j’ai persévéré et donc continué à rester au club.
Elle était une grande professionnelle du livre et grâce à elle j’ai découvert un monde qui était étranger pour moi. »

Marie-Thérèse: "Je suis très triste après avoir appris le décès de Marie Odile. 
Si je l'ai peu connue,  j'ai toutefois pu apprécier sa gentillesse, sa patience et son sourire en toute occasion. 
C'est vraiment une belle personne qui nous a quittés." 

Aurélie:  "Je n'ai pas eu la chance d'être l'élève de Marie-Odile... Mais elle m'a vivement conseillé de rejoindre les Lieurs de Sénart alors qu'elle s'était absentée. Mais elle parlait des Lieurs comme de ses petits, chaleureusement et avec tendresse. C'est ce qui m'a plu et que j'ai retrouvé au sein des Lieurs,une bande de joyeux drilles, souvent dissipés, qu'elle devait parfois gronder pour lutter contre les mauvaises habitudes des cours du mardi !!!Je garde un pincement au coeur de n'avoir pas pu côtoyer cette belle personne, pleine de talent à l'atelier de reliure de Draveil où je ne suis arrivée que tardivement" 

Gérard: "De Marie Odile j'aurai toujours  un excellent souvenir car elle a su en quelques années me rendre mordu pour une activité qui m'était inconnue. J'ai en mémoire mes difficultés à réaliser les tranchefiles et sa patience pour m'initier aux premiers élagages des replis de peausserie. J'avais encore tant de choses à apprendre d'elle."

Paul: "Cher Jean-Michel, c’est avec une grande tristesse que j’ai appris de départ de Marie-Odile pour un autre  monde. Je connaissais Marie-Odile depuis de nombreuses années , et j’ai particulièrement apprécié sa gentillesse, auprès de chacun de nous. Elle fut à notre écoute et nous a aidés à progresser, grâce à ses qualités de pédagogue et sa grande créativité. Si aujourd’hui, je pratique encore la reliure, je lui dois beaucoup et vous dis : un grand merci.
 Jean-Michel, je vous prie d’accepter, en ces moments difficiles que vous vivrez, toute ma sympathie."

Christine: "Marie-Odile, tu nous as avec tant de patience transmis ta passion. Plus jamais un livre dans mes mains ne sera sans une pensée pour toi" 

Claude V: "Nous sommes tous en grande peine d'avoir perdu notre mentor"

Marylène : "Je garderai le souvenir d'une professeure gentille, attentive, disponible et rigoureuse. Dès mes premiers cours le Samedi après-midi au Château, j'ai découvert que la reliure n'était pas un exercice de dilettante. Cela demandait de l'habileté, de la rigueur et de la concentration qui me faisaient défaut. Après quelques difficultés surpassées grâce à la bienveillance et aux conseils de Marie-Odile, j'ai persévéré. Débutante, j'avais encore beaucoup à apprendre de sa pratique.
Marie-Odile. ton souvenir restera présent au sein de ma maison. Tu as réparé avec minutie le dos déchiré d'un tome d'une envyclopédie du dix-neuvième siècle, relié cuir, et transformé en coffret. Offert par ma mère, cet objet a une grande valeur sentimentale et gardera l'empreinte de ton talent. J'en prends soin. Merci pour cette restauration délicate. Jean-Michel, je partage votre peine"    

Anne: "Dès l'annonce du décès de Maris-Odile j'ai adressé mes condoléances avec les mots du coeur à Jean-Michel, son époux, et aux Parents dans la peine.
C"est en janvier 1997 que j'ai rejoint l'Atelier Reliure. Marie Odile m'a montré, étape par étape, avec patience, l'art de relier un livre dans les différentes techniques.
J'ai noté gestes et vocabulaire , avec croquis à l'appui. C'était magique les gestes de Marie-Odile qui maîtrisait tous les matériaux : papier, carton, cuir, avec une telle aisance de professionnelle !
Marie-Odile m'a également appris les gestes délicats pour restaurer de vieux livres intéressants. J'aimais aussi beaucoup ses gardes-couleurs qui habillent la plus part de mes reliures.
Elle nous manque ... et je devine  bien difficile l'apprentissage des nouveaux inscrits sans sa présence , et  ses conseils précieux de tout son savoir."

Camille: " Je suis venu à la reliure avec l'idée de faire de la restauration, donc un peu à part de l'atelier. Loin de m'ostraciser, elle m'a mis le pied à l'étrier jusqu'à ce que je puisse vol(et)er de mes propres elles. Aujourd'hui responsable de l'atelier (mais pas formateur), je réalise à quel point elle nous fait défaut, particulièrement pour les nouveaux inscrits. Elle nous manquera beaucoup."

Ci-dessous un poème qui m'est transmis par Jean-Michel, écrit par une amie de Marie-Odile (cliquer dessus pour l'agrandir pour le lire mieux)

 


jeudi 7 juin 2018

Les décors en relief

La création de reliefs pour la décoration du livre ressort de techniques simples, mais dont l'effet décoratif est souvent surprenant. Les reliefs peuvent être réalisés suivant différentes techniques, soit en créant des formes indépendantes qui seront collées sur la couvrure générale, soit en collant directement des formes sur les cartons avant habillage par la peau de couvrure.

Camille et Claude B. ont mis ces idées en application à travers 3 ouvrages du début XXème qui les ont inspirés pour la création des reliefs.

L'intelligence des animaux

 Camille a choisi pour cela l'ouvrage ci-contre: "L'intelligence des animaux", d'Ernest Menault, lequel s'attache à mettre en évidence des formes d'intelligence insoupçonnées présentes dans tout le règne animal, depuis...l'huitre (!),  jusqu'au Chimpanzé, en passant par l'éléphant, etc...

La technique de relief mise en œuvre sera celle de la  forme sculptée dans du carton, revêtue in fine de la peau de couvrure..
En accord avec son époque, l'ouvrage est traité dans une pleine beau (basane), avec dos classique à 5 nerfs où viennent s'intercaler les pièces du titre. Les reliefs sont constitués de couches de carton sculptées, collées sur le plat puis revêtues de la peau de couvrure de l'ensemble. La mise en pression sous émalène assure un parfait habillage des sujets dans les moindres détails, pour autant que la peau de couvrure soit suffisamment mince (ici 3/10ème). Notons qu'en raison de cette faible épaisseur, une "précouvrure" de renfort (toile) a été prévue avant la pose du décor de façon à pallier à la faible résistance mécanique de la peau.
 
 La planche ci-contre autorise un zoom (cliquer dessus)  sur quelques détails particuliers.
A gauche, le dos à 5 nerfs montre les pièces de titre réalisées par le relieur.
Sur la droite, la tête de l'éléphant extraite du motif central du 1er plat montre l'étagement des 5 couches de carton, que l'on repèrera aisément.
Les gardes-couleurs sont d'un bleu uni assez proche des bleus généralement utilisés à cette époque pour ce type d'ouvrage.


Histoire de la peinture française

Claude B. mets en œuvre une technique de relief assez différente pour illustrer ce grand in-4 "Histoire de la peinture française (1300 à 1627)", de L. Dimier, consacré à la peinture de la fin du moyen-âge.
Le principe consiste à façonner préalablement un certain nombre de pièces qui, collées sur l'habillage général, constitueront à la fois le décor et le titre de l'ouvrage
 Le matériau constituant la couverture est une doublure de peau obtenue après refendage d'une peau épaisse de bovin, dont la fleur a été utilisée pour la confection d'un autre ouvrage. Ce type de matériau, généralement perdu, est ici utilisé astucieusement et apprécié pour son touché velouté.

 Ci-dessus, le livre ouvert montre le façonnage du dos sur 5 faux-nerfs en accord avec l'époque de l'ouvrage.
Les décors au centre des plats (à droite) reproduisent, en agrandi, deux croquis anatomiques tirés de l'ouvrage, attribués à l'artiste-ingénieur Villard de Honnecourt (an. 1225-1250 env.), représentant, pour le premier plat, un aigle, pour le second plat, une tête d'homme. Dans chaque croquis est inscrite une étoile censée délimiter géométriquement la figure. Claude reproduit ces figures en relief en habillant une forme en carton d'une peau noire sans grain, le tracé en blanc de l'étoile étant réservé en creux dans cette forme.

Les photos ci-contre précisent quelques détails propres à l'ouvrage.
Le titre de dos est composé à l'or sur pièce de titre.
Sur le premier plat, le titre "à la chinoise" est composé de lettres individuelles découpées dans du carton, puis habillées de peau sous pression à l'émalène, ce qui donne à chaque lettre cet effet d'enrobage.
L'intérieur est habillé d'un papier à fleurs de lys, avec charnière en cuir prolongeant la couvrure.

L'ensemble forme un tout très cohérent apportant plusieurs idées originales.
Merci à Claude pour cette contribution.

Avignon, et le Comtat-Venaissin

Cet ouvrage daté de 1929: "Avignon et le Comtat-Venaissin", de A. Hallays, fait le tour des principaux sites de la ville ainsi que ses environs, dans les limites du Comtat-Venaissin, terme qui désigne les états de l'Eglise avant la Révolution.

L'habillage, réalisé par Camille, exploite à fond le principe du bas-relief sculpté dans du carton et entièrement recouvert de cuir.



Une particularité de cet ouvrage est sa construction sans ficelle ni ruban, suivant un schéma de couture particulier apparenté à celui de la reliure copte.
La moitié haute du 1er plat est occupée par un relief représentant la façade du Palais des Papes, haut lieu historique de la ville. La partie basse est dédiée aux armoiries du Comtat représentant les clés de Saint Pierre, liées par un cordon, et qui symbolisent, l'une le pouvoir temporel, l'autre le pouvoir spirituel, réunis sous la seule autorité du Pape. Les deux "bas-reliefs" sont sculptés dans un empilage de cartons puis habillés par le cuir de couvrure général, refendu à l'épaisseur 3/10, et collé par pression sous émalène..

Les photos ci-contre donnent un agrandi sur quelques détails (cliquer dessus).
Les reliefs du Palais (partie haute) et des armoiries (partie basse) ont nécessité jusqu'à 5 couches de carton, sculptées au scalpel avant collage et habillage par la peau de couvrure.
Concernant le titre "Avignon" , les lettres sont découpées individuellement dans la carte du fond, avant la pose de l'habillage général. Le titre apparait alors en creux. Les lettres carton qui ont ainsi été prélevées sont à leur tour "enrobées" d'une autre peau (jaune dans le cas présent) sous pression à l'émalène, puis replacées dans leurs logements, ce qui les fait apparaître finalement en relief.
Les gardes-couleurs sont d'un papier à la cuve étoilé figurant comme un ciel nocturne, référence à la vocation universelle des Papes ayant résidé en ces lieux.

Dans les rues de Paris...

Ce sont en effet les rues de Paris qui ont inspiré Christine et Camille, sous des points de vue très différents, nous le verrons.

Les rues de Paris

Le petit format ci-contre, daté de 1864 : "Chroniques et légendes des rues de Paris", d'Edouard Fournier, nous fait vivre quelques épisodes de l'histoire de France attachés à quelques grands sites parisiens, en pleine époque de la rénovation haussmanienne.
On est à l'époque de la photographie en noir et blanc, donc point de couleurs. C'est donc en noir et blanc, avec des nuances de gris, que Christine a choisi d'habiller l'ouvrage, extérieurement comme intérieurement.


 L'habillage est traité essentiellement dans un buffle noir à gros grains, avec un dos à trois nerfs qui rappelle un peu la facture classique des livres de cette époque.

Le premier plat, ci-dessus à droite, est une création originale de notre amie. Cet entrelaçage de rubans, elle en rêvait; elle l'a fait ! On notera les trois nuances de rubans: blanc, gris, noir, entrecroisés suivant un motif en damier savamment composé.

Les photos ci-contre, que l'on pourra agrandir (cliquer dessus), permettent d'observer de plus près les détails. On retrouve en agrandi le laçage de rubans, à gauche, puis à droite un semis de feuilles de vigne sur le cuir du 1er plat (avec un rappel au centre du 2ème plat) qui nous rappelle qu'il y eut toujours des vignes dans Paris.
Au dessous, à gauche, le titre de l'ouvrage se présente comme une plaque de rue typique de la capitale. A droite, le papier de garde, création originale de notre relieuse, respecte la tonalité noir-gris-blanc de l'ouvrage.
Ce papier, de fait, a été élaboré suivant la technique dite du "papier à la colle". Le principe en a été rappelé dans l'article du 6 Avril 2018   ...  où l'on retrouve notre amie faisant son apprentissage de cette technique. On voit  qu'elle n'a guère tardé à mettre en œuvre un savoir fraîchement acquis.

La fermeture

L'ouvrage ci-contre:  "La fermeture", d'Alphonse Boudard, est en fait une critique en règle de la loi de 1946 dite "Loi Marthe Richard", qui décréta la fermeture des "maisons closes", alors florissantes dans l'hexagone. Bien que cette loi ait frappé tout le territoire, c'est principalement vers les grandes "maisons de passe" de Paris  "le Chabanais", "Le Sphinx", "Le One Two Two" que nous entraîne l'auteur, ce qui explique le classement de cet ouvrage sous le titre des rues de Paris.

Ce titre a inspiré Camille pour un habillage basé sur l'image d'une porte close.
La reliure (photos ci-dessus) se présente ainsi sous l'aspect d'un immeuble "haussmanien", dont la porte principale est condamnée par une chaîne. La toile grège qui recouvre l'ensemble de l'ouvrage simule une façade simplement crépie, sur laquelle se détache la porte qui en est l'élément principal.
La porte et son entourage sont "sculptés" dans un empilage de cartons recouverts, pour la porte, d'un cuir carmin lisse simulant un bois peint, pour l'entourage, d'une feuille de plastique simulant un marbre. Le modelage précis des éléments est obtenu par pression sous émalène.

Les photos ci-contre précisent quelques détails du décor (cliquer dessus pour agrandir). Les titres sur le plat et au dos sont traités dans le style de plaques de rue, par dorure au ruban blanc sur fond de cuir bleu. La chaîne de fermeture est prélevée dans un simple cordon doré.

Un détail particulier concernant cet ouvrage, non visible sur les photos, réside dans la construction de la reliure, le livre étant initialement un livre broché, donc non cousu.

La méthode a été suggérée par  F. Voignier, professeur de dorure à Viry-Chatillon. Les feuilles du livre sont d'abord séparées par chauffage au "micro-ondes", puis soigneusement nettoyées. Une moitié de ces feuilles est ensuite recoupée en largeur sur environ 2mm, par paires alternées: 2 coupées, 2entières, 2 coupées etc... Les feuilles sont ensuite rassemblées par groupes de 4 à l'aide d'un seul onglet, suivant le schéma représenté ci-dessus. L'ensemble des cahiers ainsi formés peut alors être cousu suivant une méthode standard, comme ici, à la ficelle. L'intérêt de cette méthode est que l'utilisation d'un seul onglet par cahier diminue d'un facteur 2 la "montée" du dos lors de la couture. De plus, le fil de couture se logeant naturellement en fond de cahier (voir croquis) autorise l'usage d'un fil moyen, par ex. de taille 20 normalisée.

lundi 14 mai 2018

Edmond fait un Caprice...et récidive

 En effet, "Le Caprice, Journal des Modes", c'est le titre d'un périodique bimensuel consacré à la
mode, dont la parution commença en Novembre 1836, et dont chaque numéro possède 2 illustrations colorées et un "patron" dépliable à destination des couturières. 

 Ce journal donna ensuite naissance à plusieurs titres, tous consacrés à la mode et à la lingerie, en particulier "La Capricieuse, Journal des Modes Parisiennes", sous une maquette très semblable à celle de son ancêtre, et dont la première année paraitra à partir de Novembre 1837.

 Edmond a pu se procurer la première année de ces deux journaux.
 Ce sont donc deux jolis documents que notre ami a eu soin de mettre en valeur en créant, pour chacun, une habillage digne de son contenu.
Pour ces des deux ouvrages, ce sera pour chacun un habillage en pleine peau de couleur ocre qui servira d'écrin au bijou. A partir de là, l'essentiel de l'effort artistique portera sur la décoration des plats (voir ci-dessous).
Signalons une difficulté particulière à ce type d'ouvrage; la nécessité de permettre le déploiement aisé et sans dommage des "patrons", question qui sera résolue par la technique dite du" montage sur onglets".

 Les photos ci-après montrent en détail le travail effectué sur les plats.



Les premiers plats, à gauche, témoignent d'un travail important de mosaïque de cuir, réalisé à partir de pièces de peau de différentes couleurs, éventuellement retravaillées. C'est le cas par exemple de la robe du 1er ouvrage, où une résille blanche posée sur fond de cuir de rouge met le vêtement en parfaite harmonie avec le style du journal.
Les figurines sont en légère incrustation dans la peau de la couvrure. Les cartons ainsi dégagés lors de la découpe des formes sont repris  aux deuxièmes plats, pour rappeler, cette fois en relief et en inversé, les figurines des premiers plats, lesquelles apparaissent ainsi comme des silhouettes.

On trouvera ci-contre quelques détails complémentaires. Les gardes-couleurs sont coupées dans un papier marbré glacé assorti à la couvrure.
 Les titres aux dos "à la chinoise", sont constitués de lettres relief, découpées dans de la cartonnette puis habillées de peau par pression à l'émalène.
Les tranchefiles sont réalisées par le relieur à l'aide de fines bandes de peau.
Une innovation intéressante consiste dans le faux arrondi du dos, réalisé en fait à l'aide d'un profilé de bois plat-arrondi, qui permet l'ouverture totale du livre sans déformation.

Cette réalisation témoigne des nombreux savoir-faire acquis par le relieur au cours des années, et que nul ne peut lui contester. Merci Edmond pour ce beau travail.

Reportage réalisé par Camille

vendredi 11 mai 2018

Christine nous fait voir du pays...

 ... de l'Italie, en l’occurrence.

Ne pas s'y méprendre; Christine ne nous cause aucun souci ! Bien au contraire !
Je veux dire tout simplement qu'elle nous emmène en voyage dans la péninsule, pour le plus grand plaisir de nos yeux !

Pour commencer, nous allons à Venise...




Pour la couvrure, Christine choisit un beau chagrin noir qui fait bien ressortir l'image en incrustation.


L'image elle-même est placée dans un cadre de cuir ocre agrémenté d'une frise découpée dans le même cuir noir de la couverture.

Le titre en lettres relief est posé sur un papier beige à motif floral, que l'on retrouvera au niveau des gardes-couleurs.
Les photos ci-contre apportent quelques détails supplémentaires. Le titre au dos de l'ouvrage est posé à l'or à même la peau de couvrure.
Les gardes-couleurs retrouvent le papier ocre du 1er plat, les charnières en cuir noir prolongeant l'habillage des plats.

Le titre au premier plat est composé de  lettres relief individuelles découpées dans du carton et habillées de peau noire par pression à l'émalène.

En fin de compte, un travail plein de fantaisie: la Cité des Doges méritait bien cela !

...et maintenant, un petit tour du côté de Florence.






 Pour cet ouvrage moderne de photos sur la capitale de la Toscane, Christine a voulu nous montrer qu'avec de beaux papiers et un peu d'habileté, ou peut faire de belles choses.


La couvrure est essentiellement réalisée à l'aide de deux papiers assortis dans les tons de rouge.
Seul sacrifice à la rusticité du papier, les plages de couleur sont séparées par de fines baguettes de bois ouvragées, vendues dans le commerce généralement pour les besoins de la marqueterie.

Le montage à plats rapportés permet une ouverture large du livre, plus particulièrement au niveau du 1er plat qui ouvre sur un plan de la ville, lequel doit pouvoir être déployé sans dommage.


Ainsi, le montage du plan sur un onglet large en prolongement de la charnière permet à celui-ci de pouvoir être déplié aisément.
 Le titre au dos est posé à l'or à même le papier de couvrure.
Les gardes-couleurs reprennent un des papiers de la couverture, donnant une grande homogénéité, à l'ensemble.

Le résultat est un ouvrage sobre et discret, mais d'une réelle élégance.

Merci Christine ! On ne demande qu'à repartir en voyage !

Reportage réalisé par Camille

dimanche 29 avril 2018

Deux nouvelles mosaiques de cuir

Rédigé par Camille

Récemment, nous avons vu  des exemples de mosaïque de cuir de type "bombé-cloisonné) (14 Juin 2017, "une technique pour la mosaïque de cuir" ), d'autres exemples de mosaïque de bois et de paille (27 Février 2018). Aujourd'hui nos amis nous offrent deux belles réalisations de mosaïque de cuir de type "bord à bord", technique dont la difficulté majeure est qu'elles ne supporte aucun à-peu-près au niveau de l'assemblage des pièces. Notons que nous avons déjà présenté dans le passé quelques ouvrages qui auraient pu naturellement relever de ce thème ("Deux beaux livres d'Edmond, 3 Septembre 2015).



 C'est donc encore Edmond qui nous propose aujourd'hui ce charmant ouvrage "Les jours de l'homme" du Dr Julien Besançon, qui, de par ses illustrations  et son texte d'un badinage léger, quelquefois leste, toujours humoristique, méritait un habillage  approprié.



 La couvrure est traitée dans un chagrin vert à gros grain où sont ménagés les renfoncements appropriés pour recevoir les pièces d'illustration.
Le travail de mosaïque de cuir est visible sur le 2ème plat (ci-contre, en bas à droite, dans le cœur)  Il est réalisé par découpage des différentes pièces dans des fragments de peau mince (3/10) de différentes couleurs, maintenus superposés sur un support en vue de la coupe.
La relative souplesse de la peau humidifiée permet en fin de compte un assemblage parfait des éléments.
Les illustrations au premier plat (en haut à droite) sont réalisées dans du placage de bois; le titrage au dos (ci-contre à gauche) est posé par le relieur à la feuille d'or.




Les contre-plats sont habillés de la doublure de cuir provenant du refendage même du cuir de couvrure, ce qui leur communique un toucher velouté. Les gardes couleurs sont des papiers à la cuve réalisés par le relieur. Les charnières (ci-contre à droite), prolongent les remplis dans le même cuir de la couvrure.



C'est ensuite Aurélie qui nous apporte son premier ouvrage de fantaisie, lequel a été pratiquement réalisé dans ses deux premier mois d'apprentissage.
Pour illustrer cet ouvrage dr François Nourissier "La crève", Aurélie choisit un motif géométrique en forme de tourbillon, impliquant l'assemblage d'un très grand nombre de pièces.


Les différentes pièces de peau sont taillées dans un cuir de 6/10 à partir d'un modèle papier.

 Le motif est entièrement composé à plat sur un support papier, et c'est seulement l'assemblage une fois réalisé en totalité qu'il peut être posé en couverture de l'ouvrage, sans possibilité de modification.

Les gardes-couleurs (ci-dessous) sont assorties à la peau de couvrure.


Pour le titrage sur le premier plat "LA CREVE", Aurélie "invente" une technique originale qui mérite d'être relevée, voire perfectionnée. Les formes des lettres ayant été préalablement découpées dans certaines pièces de la couvrure (pièces de couleur ocre), une peau fine de couleur blanche a été collée derrière cette zone de texte. Cette peau blanche est ensuite poussée par derrière à l'émalène, ce qui la fait ressortir sur l'avant, créant un bel effet de lettres relief, sans un nouveau découpage des lettres. Le vide qui se trouve créé au dos de la peau  est ensuite rempli par une pâte à base de sciure et de colle. Naturellement, l'ensemble de l'opération est entièrement réalisé sur la mosaïque à plat avant la pose sur l'ouvrage. 



vendredi 6 avril 2018

Une démo de "papier à la colle"


Rédigé par Camille

Ce Jeudi 5 Avril après-midi, François Voignier, Professeur de dorure pour l'Association Socio-Culturelle de Viry-Chatillon, présentait, dans le cadre de son atelier, une petite démonstration de la fabrication du "papier à la colle". Au titre des liens d'amitié que les Lieurs ont de longue date avec cette association, François a bien voulu permettre à quelques Lieurs d'assister à la séance.
On trouvera ci-après un compte rendu de cette présentation, que j'ai voulu suffisamment étoffé pour, je l'espère, constituer un petit tutoriel pour cette pratique.

Toutes les photos peuvent être agrandies en cliquant dessus. On revient au blog par la petite croix en haut à droite de la photo.


Une dizaine de relieurs étaient présents pour écouter la leçon du Maitre. Denise elle-même, anciennement professeur de reliure contemporaine à Viry, n'a pas manqué d'apporter sa bonne humeur. Pour les Lieurs, Edmond, Christine et moi-même ont fait le déplacement.


 






A gauche, François, notre formateur dorure, et pour cet après-midi, professeur de "papier à la colle", ... une spécialité rare !
A droite, quelques éléments d'historique: une couverture d'attente (XVIIIème) en papier dominoté, une couverture en papier à la colle (XIXème).

Ci-contre, deux ouvrages traitant du domaine en question.
Le premier est relié, façon "mosaïque de cuir", par notre formateur lui-même. Les pastilles sont des photos de papiers à la colle, depuis les plus anciens aux plus récents, dans l'ordre apparent d'empilement.
Le deuxième ouvrage est un fascicule disponible dans le commerce courant.






A gauche, quelques réalisations personnelles de F.V., montrant par exemple des effets de tissu, des effets de miroir, etc...





A droite, le matériel de base: une grande plaque de travail lisse, munie d'un té artisanal de grande dimension, un jeu de pinceaux, brosses, rouleau, peignes, plioir, etc...,un choix de couleurs à l'eau élémentaires (gouache, acrylique), enfin un pot de colle à papier peint, de viscosité moyenne.
Ci-contre, à gauche, on observera:
1. l'opérateur dispose un jeu de cuvettes, une pour chaque couleur, y compris le noir.
2. dans chaque cuvette, une noix de chaque couleur est mélangée à de la colle, jusqu'à obtenir une pâte légère.
3. l'opérateur choisit de mélanger les couleurs avec du noir, de façon à adoucir leur aspect criard.
Ci-contre à droite, l'opérateur mouille une feuille de papier blanc (vergé, par ex. ou bien Canson,..ou même Kraft), sur chaque face, de façon à la faire adhérer à la surface lisse.
Puis le surplus d'eau est épongé soigneusement avec du papier journal.

 Exemple de base: un motif à bandes simples

A gauche, on suivra les opérations suivantes:
1. Des bandes de couleur rouge sont tracées en s'appuyant sur la règle.
2. Des bandes de couleur bleue sont intercalées.
3. Un lissage à la brosse "queue de morue" adoucit l'ensemble, pour le moment formé de bandes simples.




















Ci-dessus à gauche,l'opérateur "enrichit" une première fois le tableau par des lignes noires, fondues ensuite dans l'ensemble à l'aide de la brosse "queue de morue". A droite, un deuxième "enrichissement" du motif est obtenu par des lignes ondulées faites à l'aide d'un peigne à dents larges. La photo 3 montre le résultat obtenu, qu'il conviendra de mettre au séchage.
Les papiers ainsi colorés se sèchent facilement posés à plat pendant 3 à 4 heures sur une serviette éponge, une toile, un drap ou un tapis. Mise ensuite entre deux ais et sous un poids, les plis ou ondulations inévitables de la feuille disparaissent complètement.

Exemple avec effet "miroir" 

L'effet "miroir" est obtenu par pliage de la feuille en cours de travail. F.V. insiste sur le fait que le résultat obtenu est assez imprévisible...mais que l'on peut toujours espérer une bonne surprise !


 







Les opérations de base ne seront pas rappelées: préparation de la page, tracé de bandes de couleur alternées... (ci-dessus, à gauche, photo 1), on replie le papier par son milieu (ph. 2), et l'on assure l'adhésion et le pli au rouleau (ph. 3). Le résultat déplié (ph. 4), n'est pas jugé satisfaisant.
A droite, l'opérateur essaie d"améliorer le résultat par un griffage au plioir (ph.1), puis au peigne (ph. 2), sur la feuille à nouveau repliée. Le résultat (ph. 3) est jugé satisfaisant.

Exemple plus élaboré, avec effet "miroir"

Ici, l'amélioration vient d'un tracé préalable, en damier, sur un demi-dos de la feuille (ph.1). Des "pâtés' noirs sont disposés sur les bandes bleues (ph. 2). La feuille étant repliée, le tracé en damier permet de réaliser, au plioir, un motif de lignes ondulées assez régulier (ph. 3). La photo 4 montre, au final, un effet assez saisissant.

Et maintenant, Christine "aux manettes"...




Christine, oui, la notre, a bien voulu être la première à risquer les inévitables plaisanteries de l'assistance, histoire de voir si elle a bien écouté. A gauche, on retrouvera successivement: préparation du papier, tracé de bandes alternées (rouges), puis de bandes ondulées (bleues), garnies de touches de jaune. A droite pliage de la feuille, griffage au peigne, puis en 3, enfin la surprise... pas si mauvaise ! Bravo Christine !

Conclusion
 Ben ! tout compte fait, ça n'a pas l'air si difficile; et pour un résultat souvent étonnant. N'en doutons pas, certains vont tripatouiller la colle prochainement, chez eux, peut-être avec leurs petits-enfants.

Alors, un grand merci  au formateur; précision, rigueur, professionnalisme. Rien à redire.
Merci François !