Qui sommes nous ?



*************** QUI SOMMES NOUS ?
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Nous sommes une association d'amateurs qui pratiquons la reliure pour notre propre plaisir. Notre local se situe à Draveil, au Village des Associations, 42, rue du Bout des Creuses.
Notre atelier est ouvert les Samedi matin (9h-12h) et après-midi (14h-17h), le Mardi matin et le Jeudi matin, et cela toute l'année.
Nous recevrons avec plaisir toute personne intéressée par la mise en valeur ou la sauvegarde des livres, pour connaître notre travail, nous voir à l'ouvrage, poser des questions, éventuellement s'inscrire à notre atelier, pourquoi pas ? ... cela à tout moment de l'année.
Donc à bientôt.........


Un mot du rédacteur en chef Camille
Ce blog est le blog de tous les Lieurs. Chacun peut y intervenir librement, insérer du texte, des photos,... Il n'y a pas de censure. Certes, on le constatera; la signature est le plus souvent celle de Camille...timidité ? réticence devant l'ordinateur ? Allez savoir ! Peu importe; qui a choisi le rôle de rédacteur se doit de l'assumer !
Mais là n'est pas mon propos. Rédacteur, certes, mais pas formateur. Dans mes articles, je présenterai des travaux d'adhérents. Je n'ai pas qualité pour les juger. Le choix des œuvres présentées ne résulte que de la bonne volonté des adhérents de me les confier pour les photos. Les remarques que j'y ferai ne reflètent que l'impression d'un quidam qui, certes, aime les beaux livres, mais sans compétence particulière sur le sujet de la reliure. Je me donne la position d'un journaliste, aucunement celle d'un spécialiste. Je tenais à préciser ce point, afin qu'il n'y ait pas de malentendu.




mardi 22 novembre 2022

Novembre: le Lieur nouveau est arrivé...

 Raymond donne dans la (dive) bouteille !

 

 Fréres Lieurs qui de grande habitude, lisant ce blog, vous ébaudissez devant tant d’œuvres de haute qualité, ne bouderez point les deux livres que nous propose Maitre Raymond, et dont vous eûtes tous quelque entendement dans votre enfance.



Ainsi vous remembrerez vous aisément sous les patronymes Gargantua et Pantagruel, les aventures foutraques et croquignolesques des deux géants de Rabelais, mais aussi dissimulant sous la cape moult leçons de sapience et d’humanisme.

 Sur ces deux livres, Maître Raymond  besogna longuement, afin que le produit en fut formé à meilleure perfection ; ces livres étant originalement produits de l’industrie, formés sans cahiers ni couture, de sorte qu’il fallut recourir à ce nouveau savoir, maintes fois démontré ici même, et usuellement qualifié de « méthode à fils noyés ».

 

 Disons que pour la robe fut levée une pièce d’un tiers d’une aune en largeur pour un quart en hauteur dans cette peau du mouton appelée basane, sous laquelle fut glissé un profil carton en forme tantôt d’un flacon, tantôt d’une cruche, formant relief, pour ce faire que la « dive bouteille » rappelât la propension naturelle des héros.

Sur les dos furent ménagés cinq nerfs formant cellules semblables, dans lesquelles auteur et titres furent dorés par les soins de Raymond et son compère en maltraitement de livres,  le sieur Camille, sur fines pièces de couleur verte, et qui d’un avis partagé par iceux finissent mignonnement le travail.

Edmond met les femmes à l'honneur...

 ...toutes les femmes, des plus romantiques et les plus discrètes aux véritables rebelles, féministes avant l'heure; on en jugera.

La Reine au sourire.

C'est un conte de fées historique qui nous attend avec cet ouvrage de l'écrivaine belge Jeanne Cappe, à savoir l'histoire merveilleuse (nonobstant sa fin tragique dans un accident de la route), de la princesse Astrid de Suède, devenue Reine des Belges en 1934 par son mariage avec le prince héritier Léopold de Belgique, futur Roi des Belges Léopold III; la "Reine au sourire"

Du récit on retiendra surtout l'humanité et la générosité de cette Reine, dévouée à sa famille, à son peuple d'adoption, et à tous les enfants du monde.

Pour illustrer cette femme de légende, Edmond opte pour un plein chagrin d'un bleu très doux, retourné intérieurement pour former la charnière. Le contre-plat de cuir inversé, au contact velouté,  renforce l'effet de douceur qui donne le ton de cet ouvrage. 

Le décor évoque un vol d'oiseaux sur un fond de ciel marin; peut-être les oies de Niels Holgersson revenues pour la princesse de sa Suède natale, peut être les âmes de tous les enfants qui souffrent...

Mademoiselle de Maupin

 

Le roman de Théophile Gautier "Mademoiselle de Maupin" nous conte la vie d'une femme imaginaire qui n'hésitera pas à se travestir pour comprendre le fonctionnement des hommes vis à vis des femmes. Cette stratégie l'entraînera dans des aventures ambigües, allant de l'amour véritable à l'homosexualité non assumée, et sutout à une réflexion profonde sur le sens de la beauté, de l'art et de la condition féminine.

 

Edmond habille cet ouvrage d'un chagrin vert à 6 nerfs, incrusté en damier de petits carrés de peau plus foncés recevant chacun en leur centre un motif floral doré à l'or fin.

Côté contre-plats, Edmond reprend le principe de la peau inversée et veloutée, indépendante de la garde couleur papier qui lui fait face. 

Comme toujours, Edmond réalise lui-même tant les dorures, titres et motifs, à l'or véritable, que les garde couleurs à la cuve, ce qui au total représente pour chaque ouvrage un investissement non négligeable.

dimanche 13 novembre 2022

Premier bilan sur la découpe Laser

  Rédigé par Camille

Depuis longtemps, je souhaitais pouvoir explorer les usages potentiels de "la découpe Laser" pour certains travaux de reliure, en particulier pour les tâches liées à la "décoration du livre". Cet article résume les conclusions d'une séquence d'essais techniques réalisés au "Fablab" de Vigneux-sur-Seine, depuis Avril dernier. Ne seront présentés ici que des résultats essentiels. On trouvera plus de détails techniques dans mon blog personnel dont un lien figure en colonne droite de ce blog ("L'atelier de Camille") ou via l'adresse "www.restauration-livres-camille.blogspot.fr".

Précisons par ailleurs qu'une machine de découpe Laser peut également permettre, outre la découpe de matériaux divers,  une opération de "défonçage", c'est à dire qui ne traverse pas le support et réalise alors une forme en creux, dans un support suffisamment épais (ex. carton de reliure). La photo 5 (paragraphe 2) en présente un exemple.

Précisons également que la découpe Laser est commandée  par des logiciels installés sur des ordinateurs. Cette pratique suppose donc un apprentissage de ces logiciels, partiellement assuré par les animateurs des "Fablab", mais qui nécessitent quand même une "prise en main" personnelle par le pratiquant. Pour ma part, j'ai dû m'investir dans 2 logiciels: "Inkscape" qui est un logiciel performant de dessin 2D, et "Rdworks", plus élémentaire, qui commande l'exécution par la machine.

Donnons d'abord quelques généralités sur le processus Laser. La découpe laser procède d'un rayon très fin qui "brûle" localement le support. Ce principe peut éliminer certains choix de matériaux, dont la combustion serait potentiellement nuisible sur le plan environnemental. Pour la reliure, carton, cuir, plexiglas sont acceptés. Certains types de plastique pourraient par contre être refusés.

Afin de tester les possibilités du système, j'ai réalisé une batterie d'essais correspondant à des situations considérées comme difficiles, soit impossibles à réaliser à la main et au scalpel.

1. Réalisation de titres par découpe de carton

 La découpe de lettres dans du carton, même assez épais (ex les cartons des grands calendriers de bureaux; épaisseur 1,5mm env) est directe (ph. 1 et 2). Le texte s'écrit directement, comme sous "word", dans toutes les polices possibles. La hauteur des lettres ne devra guère descendre au dessous de 10mm (ph.2).

 Pour réaliser un titre on pourra par exemple coller directement les lettres sur le plat  et habiller l'ensemble avec du cuir, sous pression à l'émalène (ph.3 haute). Si l'on juge le titre trop peu visible, on pourra opérer un certain blanchissement des lettres par un léger ponçage de surface, ce qui augmente leur visibilité (ph.3 basse).

 Une autre possibilité consiste à "habiller" indépendamment chaque lettre d'un cuir fin sous pression à l'émalène. La lettre doit ensuite être découpée au scalpel à sa base. Cette opération est relativement délicate, et génère des "accidents" qu'il convient de masquer à la peinture. Ces lettres ainsi préparées peuvent alors être directement collées sur un plat pré-décoré. Sur la photo 4, les lettres ont été insérées dans des décaissements (voir ex. de "décaissement": ph.5 ci-dessous) de même forme que les lettres.

  2. Réalisation de titres en cuir insérés en creux

 Dans cette solution, un carton est creusé ("décaissement") suivant le tracé du titre (ph. 5) moyennant une augmentation du profil des lettres (option "décalage lié"). L'ensemble est recouvert d'un cuir et pressé à l'émalène (ph.7). Les lettres prédécoupées sont ensuite logées dans les creux (ph.6).

 3. Réalisation de titres en cuir insérés bord à bord

Un titre peut être découpé directement dans du cuir et inséré dans le décor d'un plat. 

La découpe d'un titre génère en général des lettres séparées (ph.8) qu'il conviendra de redisposer pour reformer le titre. On ne descendra guère au dessous de 10mm de hauteur pour une police donnée.

 Certaines polices produisent une écriture continue (ph.9) sans rupture entre lettres. Le logiciel permet de disposer cette écriture suivant une courbe arbitraire, ce qui produit des effets d'écriture manuscrite assez convaincants.

 Dans la solution bord à bord le cuir de couvrure est évidé par découpe Laser suivant le tracé du titre. Les lettres à insérer sont découpées dans un cuir de couleur différente, avec une légère augmentation (décalage lié) sur leur pourtour. Elles peuvent alors être enchassées très exactement (bord à bord) dans leurs logements (ph.10).

  De cette prospective sur la confection de titres par découpe Laser, les solutions des figures 10, éventuellement 6, m'apparaissent comme les plus convaincantes.

4. Découpe de formes complexes.

  La découpe de formes complexes passe évidemment par une bonne connaissance du logiciel 2D, plus approfondie que pour les titres, qui, eux, sont prédéfinis par le logiciel (polices de caractères. Elle est cependant intéressante pour toutes les situations où une même découpe devra être répétée un certain nombre de fois (cas d'ouvrages en plusieurs volumes, par ex.), également pour la création de motifs géométriques précis, (le logiciel autorisant toutes les opérations proprement géométriques: droites, cercles, symétries.. avec une précision parfaite), enfin pour la réalisation de motifs très "torturés"..

Les photos 11 et 12 montrent deux exemples de découpages géométriques ayant été conçus pour le besoin de relieurs de l'atelier.

L'essai correspondant à la photo 13 a été d'abord envisagé comme une "mise à l'épreuve" du processus, en ce sens que les lobes de la rosace ont des côtés "tarabiscotés" qui devront pourtant s'assembler parfaitement après découpe. Le résultat, que je considère personnellement comme satisfaisant, a vocation d'être inséré dans le décor d'un ouvrage.


Conclusion

La découpe Laser est un outil puissant qui permet de résoudre nombre de difficultés, voire impossibilités  à la main et au scalpel. Les photos 6, 10 et 13 témoignent à mon sens de résultats particulièrement intéressants. 

On notera cependant quelques limites du processus:

1) Pour raisons environnementales, tous les matériaux ne sont pas acceptés par la machine Laser. 

2) Pour les titres, les lettres sont limitées à une hauteur de 10mm minimum environ 

3) Il faut tenir compte lors du projet d'une perte dimensionnelle (4/10 par coupe) après la découpe.

mardi 20 septembre 2022

Rentrée des classes

 Marie-Laure entre en première année...

... en première année de reliure, à l'atelier des Arts Appliqués du Vésinet  !

 

Oui ! notre Marie-Laure à nous, celle là même qui brodait des petites bêtes sur  ses livres (cf. l'article du 10 Juillet dernier, dans ce blog). Fini les bêtises ! va falloir être sérieux, pour un an (ou deux; ou peut-être trois !).

Allez, Marie-Laure, bon courage ! Il  y aura encore des Mardi et des Jeudi...pour les fantaisies !

jeudi 15 septembre 2022

 Gilbert révèle ses objectifs...

...et s'agissant d'objectifs photos, il peut en effet vous en montrer à gogo, à travers cette revue titrée "Devenez collectionneur", consacrée uniquement à la photo. De quoi être incollable sur le sujet !

Gilbert est un nouveau venu à l'atelier, qui ne manque pas d'habileté; on en jugera d'emblée par ses instruments personnels "faits maison": plioir en bois; palette à lisser du même métal, etc...., avant d'en juger bientôt par ses initiatives quelquefois très personnelles en reliure.

La revue qu'il se propose de relier se présente au départ sous la forme de feuilles séparées. Gilbert doit donc recourir à une méthode adaptée à cette situation. Des techniques récentes ont été proposées dans ce blog, mais Gilbert opte pour la méthode ancienne consistant à reconstruire des cahiers en cousant de petits blocs de pages le long du bord intérieur. 

A partir de là, Gilbert peut entreprendre une couture ordinaire sur rubans, comme pour un ouvrage standard à cahiers. Le dos cependant ne sera pas arrondi. Les plats sont portés par des retours de la mousseline collés sur des onglets. Un faux-dos de carton épais, non déformable, non lié au dos, permet l'effet de "soufflet" grâce à la toile de couvrure formant charnière.

Le premier plat porte une copie de la page titre en incrustation dans une cartonnette. Les contre-plats sont couverts d'une grande image composée sous GIMP par Gilbert, représentant un enchevêtrement d'appareils photos, tout à fait appropriée au sujet.

Globalement, il y a de l'initiative, des techniques originales (qui pouvaient être des "prises de risque"), des choix esthétiques discrets, mais réels; on ne peut qu'encourager Gilbert à poursuivre sur cette lancée ! On attend la suite...

Claude s'encanaille à Londres... 

... en nous proposant cet ouvrage "Londres secret", signé "Serge", qui nous révèle les dessous d'un Londres d'après-guerre, vu et raconté par un français; ouvrage qui aurait pu préfigurer celui de Pierre Daninos, et son Major Thomson, observateur amusé, à l'inverse, des mœurs françaises. 

La comparaison, hélas, s'arrête là. Ici, les saltimbanques sont tristes après leurs numéros, et les prostituées révèlent leurs blessures des temps de guerre. 

Seul l'humour "british" redonne un peu de couleur dans cette grisaille, telle cette réponse de son hôtelier au français qui se plaignait du bruit, pour le rassurer: "ce n'est pas grave, ce doit être quelqu'un qu'on assassine..." ou cette remarque d'un autre, à propose des peintres français: "Gauguin, quel homme ! dommage qu'il n'ait pas été anglais, nous en aurions fait un grand peintre !".

Par ailleurs, les gravures en noir et blanc, façon "peinture au pochoir" sont remarquables.

 C'est sous une reliure demi-chagrin et papier à 4 nerfs, que Claude propose son ouvrage. Le centre du premier plat est occupé par le dessin d'un "bobbie", dont la technique de réalisation, originale, mérite d'être signalée.


Le dessin est d'abord créé sur le carton du premier plat à l'aide d'un fil de laiton modelé et collé. Un cuir pressé sur ce dessin révèle le sujet en relief. Ce léger relief peut alors être surligné d'une couche de peinture "or", qui achève la réalisation du dessin. Un beau papier losangé et les pièces de titre du relieur complètent heureusement le travail.

..puis vient nous chanter Manon** !

 C'est évidemment de "Manon Lescaut" qu'il est question, œuvre de l'abbé Prévost, (peut-être, en filigrane, vaguement autobiographique), histoire du Chevalier Des Grieux dont la liaison avec Manon, une prostituée, fera alternativement leur bonheur et leur malheur ...et un beau scandale en son temps.


Claude nous présente cet ouvrage sous un habillage de cuir velouté, qui lui permet d'insérer le titre en deux mots croisés, dans un léger décaissement de la couvrure.

Le mode de reliure est du type "à plats rapportés" avec coins, qui dégage complètement le dos où l'on retrouve le titre en lettres relief.


Les lettres du titre au dos (ci-contre)  illustrent une première utilisation dans notre atelier de la technique de découpe laser, technique prometteuse pour son usage en reliure, actuellement en cours d'évaluation par Camille dans un atelier externe.


** Chanter Manon ! expression ancienne qui signifiait "rouspéter"; employée ici uniquement en référence à l'ouvrage présenté au dessous.

dimanche 10 juillet 2022

Les Lieurs toujours présents !

 Marie-Laure brode (et rebrode) sur des histoires d'animaux...

... et brode joliment !

Arrivée à l'atelier en plein chamboulement (interruption Covid, changement de local), Marie-Laure est une nouvelle recrue de notre atelier, visiblement prête à s'investir sérieusement en reliure. 

Sans aucune expérience préalable de cette activité, mais ponctuelle et assidue, elle a clairement décidé de franchir les étapes à grandes enjambées, avec cependant une exigence de qualité tout à fait prometteuse.

C'est un petit livre d'enfants "Mes plus beaux contes d'animaux", que notre amie a choisi pour ses premier pas de relieur. L'ouvrage regroupe des textes de nombreux auteurs sur les thèmes animaliers de notre enfance; on y retrouve pêle-mêle "Les 3 petits cochons", "Maïa l'abeille", "Les oies de Nils Holgerson", "Le vilain petit canard"... et bien d'autres animaux qui ont berçé nos jeunes années.


Avec cet ouvrage, Marie-Laure dépasse tranquillement la reliure de base pour se lancer (déjà !!) dans un exercice périlleux de décoration, dont, le moins qu'on puisse dire, est qu'il ne manque pas d'originalité. La couverture toilée est décorée d'une jolie broderie sur une composition animalière qui reprend, dans un sympathique faux-désordre, quelques personnages de l'ouvrage.

 Le résultat est frais, drôle, et bien en phase avec l'esprit du livre


Une couverture de toile brodée, voilà qui ne s'était jamais fait à l'atelier ! Pour qui conçoit la reliure comme un champ ouvert à de nouvelles idées, de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques... en somme à de la création, le pari est réussi.

Merci Marie-Laure, et bon vent chez les Lieurs.


Christine reprend son cousoir, son scalpel et autres instruments...

... de reliure, bien sûr. Comme pour bien d'autres dans l'atelier, c'est pour elle une reprise après ces années forcées d'inaction. Et quoi de mieux pour se remettre dans le bain qu'une reliure simple, classique, afin de retrouver les gestes de base.

 

"L'année dernière à Marienbad" est un livre signé d'Alain Robe-Grillet, qui est en fait le roman du film de même titre, du réalisateur Alain Resnais.

 Histoire d'une liaison, peut-être vécue, ou peut-être imaginée, qui laisse le lecteur (ou le spectateur), un peu désorienté.

 


La version qu'en donne Christine est celle d'un demi-cuir-papier, avec dos classique à 4 nerfs. 

 Le papier de couverture, qui se retrouve aussi en contre plat et en page de garde, est un très beau papier "à la cuve" artisanal" qui donne beaucoup de caractère à l'ouvrage.

 Les tranchefiles en bandes de cuir, dont les couleurs reprennent celles du papier, sont réalisées par Christine.

 

Edmond retourne aux fourneaux...

...en effet, c'est à "la rôtisserie de la Reine Pédauque" qu'il nous convie, avec ce roman savoureux d'Anatole France, sur les traces du jeune Jacques "Tournebroche", cornaqué par un abbé Coignard quelque peu libertin, un alchimiste illuminé Mr D'Astarac, et quelques autres figures pittoresques, roman qui in fine nous invite à réfléchir sur les étrangetés de la gens humaine.


Edmond choisit pour cet ouvrage un chagrin coquelicot qu'il décore au premier plat avec la copie papier d'une illustration intérieure, en incrustation dans la peau de couvrure. Le dos est traité en mode semi-moderne, avec des nerfs non réguliers qui encadrent les éléments de titrage.

Le plus gros travail technique réalisé se trouve certainement dans le grand titre du premier plat, en lettres façon gothique distinctes. Les lettres découpées à la main sont enveloppées de peau par pression à l'émalène, puis recoupées à la base. Elles sont enfin insérées dans des logements de même forme ménagés dans la couvrure générale, celle-ci ayant été auparavant modelée sur une cartonnette prédécoupée.

Comme à son habitude, Edmond réalise ses garde-couleurs, en nette progression, et ses tranchefiles sous forme de bandes de cuir alternées. L'ensemble présente finalement un aspect quelque peu flamboyant.

Une restauration délicate.

La restauration n'a pas très bonne presse dans les clubs de reliure; et pourtant tout le monde en fait un jour ou l'autre, pour le vieux livre de cuisine de Mamie, ou autre trésor de valeur sentimentale. Pourtant la restauration de reliures percaline suit en général un processus standard (sauf cas pathologiques) et peut être pratiquée sans difficulté.

 Plus compliquée est la restauration de reliures cuir, car les situations sont plus variées, et les solutions doivent être adaptées à chaque cas.

L'exemple présenté ici, réalisé par Jean-Marie avec l'aide de Camille, concerne la réfection d'un coin et d'une partie d'un bord effondrés, pour un atlas du XVIIIème (1762). L'état initial de l'ouvrage n'a pas été photographié, et c'est dommage; on devra se contenter du résultat final.

Les photos ci-dessous montrent l"ouvrage après l'opération.

La restauration a été effectuée en suivant les principes suivants:

 1. Reconstruire le plus exactement possible, par couches de papier ou carton superposées, les formes détériorées (un coin, un bord), en prenant soin que des éléments de renfort (cartonette) pénètrent dans la zone saine, afin d'ancrer le rajout dans le plat. Prendre soin de ménager en surface et à l'intérieur les sous-épaisseurs précises pour le logement d'une nouvelle pièce de cuir rétablissant le niveau.

2. Arrêter le défaut du cuir de la couvrure générale d'une coupe franche, de préférence non-rectiligne (qui donnerait un effet très artificiel).

3. Choisir pour compléter le cuir une pièce de cuir mince (3/10) de couleur identique, sinon plus claire, que la couleur générale de l'ouvrage. On finira l'harmonisation avec des teintures spéciales pour cuir.

4. Recopier le dessin de la coupe avec un calque et le reporter sur le nouveau cuir à l'aide de petits points d'épingle. Découper la pièce de cuir au scalpel ou au ciseau. La coller "bord à bord" avec la coupe faite sur l'ouvrage au paragraphe 2. Pour le coin, il faut échancrer le cuir en dents de scie pour lui permettre d'épouser l'angle.

Le reste est affaire de patience infinie (plusieurs demi-journées pour ces simples défauts), et de soin méticuleux.