Qui sommes nous ?



*************** QUI SOMMES NOUS ?
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Nous sommes une association d'amateurs qui pratiquons la reliure pour notre propre plaisir. Notre local se situe à Draveil, au Village des Associations, 42, rue du Bout des Creuses.
Notre atelier est ouvert les Samedi matin (9h-12h) et après-midi (14h-17h), le Mardi matin et le Jeudi matin, et cela toute l'année.
Nous recevrons avec plaisir toute personne intéressée par la mise en valeur ou la sauvegarde des livres, pour connaître notre travail, nous voir à l'ouvrage, poser des questions, éventuellement s'inscrire à notre atelier, pourquoi pas ? ... cela à tout moment de l'année.
Donc à bientôt.........


Un mot du rédacteur en chef Camille
Ce blog est le blog de tous les Lieurs. Chacun peut y intervenir librement, insérer du texte, des photos,... Il n'y a pas de censure. Certes, on le constatera; la signature est le plus souvent celle de Camille...timidité ? réticence devant l'ordinateur ? Allez savoir ! Peu importe; qui a choisi le rôle de rédacteur se doit de l'assumer !
Mais là n'est pas mon propos. Rédacteur, certes, mais pas formateur. Dans mes articles, je présenterai des travaux d'adhérents. Je n'ai pas qualité pour les juger. Le choix des œuvres présentées ne résulte que de la bonne volonté des adhérents de me les confier pour les photos. Les remarques que j'y ferai ne reflètent que l'impression d'un quidam qui, certes, aime les beaux livres, mais sans compétence particulière sur le sujet de la reliure. Je me donne la position d'un journaliste, aucunement celle d'un spécialiste. Je tenais à préciser ce point, afin qu'il n'y ait pas de malentendu.




vendredi 27 mars 2026

Quelques grains de folie...

 Eloge de la folie (Erasme), relié par Claude

Erasme, prêtre néerlandais (1466 env.-1536), grand voyageur mais surtout écrivain prolifique, est connu pour sa philosophie humaniste, ouvrant au monde un chemin vers la liberté de penser.

Dans l’Eloge de la folie l’auteur fait parler une déesse « La Folie », vue à la fois comme un élément perturbateur mais aussi comme une source de progrès. 

La lecture de ce monologue alternant entre férocité et humour caustique laisse souvent le lecteur dans la perplexité.  On en retient surtout une volonté de rompre les codes, les certitudes des scholastiques, les pratiques obscurantistes, les leçons de sagesse des pédants...… tout cela sans se surestimer lui même puisqu’il termine son œuvre par ces mots  « …vous êtes trop fous si vous croyez que je me souviens de ce que j’ai dit…je hais l’auditeur qui a bonne mémoire ».

Claude nous présente cet ouvrage sous un habillage de cuir beige, portant sur les deux faces un étrange motif de cuir rouge dont la signification reste obscure sinon qu'elle pourrait relever...de la pure folie.

Titre et auteur sont rapportées en lettres de cuir biscornues logées dans ce dessin en épousant les contours.

 De cet ouvrage il ressort que Claude aime la littérature...à la folie.

Mademoiselle de la Ferté (Pierre Benoit), relié par Edmond

Anne de la Ferté, noble héritière du pays landais, fiancée à Jacques se verra supplantée dans le cœur de celui-ci au profit de Galswinthe de Saint Selve, qu’il épousera. Après le décès de Jacques, Galswinthe, malade, choisira de se réfugier chez Anne pour y trouver soin et réconfort. 

Mais de cette étrange cohabitation il résultera entre ces deux femmes une relation ambiguë faite d’amitié (voire amour ?), compassion,  vengeance rentrée…situation qui perdurera jusqu'au décès de Galswinthe

L’auteur, Pierre Benoit, aime décrire ces situations de la vie, inextricables dans la complexité des âmes et des sentiments humains. L'auteur ne nous donne pas la clé, tant est qu'il en ait une, et laisse au lecteur le soin d'y trouver la sienne.

 Edmond illustre cet ouvrage dans un cuir rouge velouté, illustré au premier plat d'une mosaïque de cuir représentant en incrustation l'héroïne Anne de la Ferté.

Comme toujours, Edmond réalise ses dorures de titre à la feuille d'or, ses garde-couleurs à la cuve et ses tranchefiles de cuir.

Légende du Beau Pécopin (Victor Hugo), relié par Christine

Ce petit livre est en fait une des "Lettres de Voyage" que Victor Hugo écrivit puis rassembla en un seul ouvrage "Le Rhin" paru en 1842.

L'origine est un conte de fées germanique, à la manière des fabliaux du moyen-âge, mais en version revisitée au XIXème siècle avec une vision plus moderne.

Le beau Pécopin, fiancé à Bauldur, protégé par un talisman à son cou, se laisse envouter par le diable pour une chevauchée fantastique. Après 5 ans d'errements, Pécopin n'aura de cesse que de retrouver Bauldour, mais dès lors qu'il aura  perdu son talisman, c’est une femme de 101 ans qu’il retrouvera dans son château. 

Moralité, refuser de vieillir ne suffit pas pour arrêter le cours du temps.

Christine  traite cet ouvrage dans un cuir marron et tente un exercice (un de plus) à base de fils enchâssés dans le cuir.

Le réseau de rainures ménagées dans le cuir tient de l'opération qu'on appelle "dorure à froid", qui, comme son nom ne l'indique pas, se fait à la palette "sans or" et "à chaud". L'exercice y est plus difficile qu'il n'y parait.

Christine s'en sort honorablement, sauf que...

Sauf que quoi...?

Bon, si vous voulez savoir, allez le demander à Christine !

Un Lieur publie (encore) dans Art & Métiers du Livre

Rédigé par Camille (réflexion libre)

 Eh oui, c’est Camille, votre serviteur, rédacteur en chef (mais chef de personne) de ce blog, qui pour la deuxième fois (pour la première, voir «Numéro de Mai-Juin 2020; "La reliure des livres brochés...", p. 29-31)  place un article dans la fameuse revue.

Dans cet article intitulé "La découpe numérique, aide à la création de décor" (Numéro de Mars-Avril 2026, p . 26-29)  j’essaie de démontrer l’avantage de la découpe laser pour la réalisation de décor, à travers un exemple, ici la réalisation d’une « lettrine » telle que celle qui a été relatée sommairement dans ce blog (v. 26 Mars 2025, Un scriptorium à Draveil, "La lettrine de Camille" ).

On se rappelle que, dans le cas présent, la découpe laser permettait de placer exactement les pièces de la lettrine, comme dans un puzzle, sans risquer d’endommager le fond « or véritable » de la lettrine. 

Bonne idée, peut-être ; mais de là à figurer dans la revue; Ouaouh ! ça vous gonfle un peu votre ego ! Un petit relieur amateur d’un petit club de banlieue demande à publier dans la revue de référence du livre, ça n’a pas de sens ! Ou alors…

Prenons du recul. Le livre imprimé, mis à mal par l’édition numérique, va mal. La reliure professionnelle, première victime, ne survit guère (et difficilement), que grâce aux besoins d’archivage  des institutions (conseils régionaux, notaires…). Quant à la reliure « amateur », qui eut son heure florissante à travers une foule d’ateliers, aujourd’hui figée dans un carcan de méthodes millénaires gravées dans le marbre, elle s’étiole entre les mains de groupuscules vieillissants.

Alors chez AML on se dit (peut-être) que l’on pourrait vaincre cette morosité par quelque idée nouvelle, quelque brin d’inventivité,  quelque son de cloche dissonant, quelque brin de folie, d’où qu’ils viennent,  par exemple :

Pourquoi ne pas donner de la noblesse aux livres d’aujourd’hui, si vilainement « carrés_collés » ?

Pourquoi  ne pas profiter des techniques modernes, outils de découpe, transfert d’images, broderie programmée etc.. ?

Pourquoi ne pas profiter des matériaux modernes, plexiglass, pâtes synthétiques...

 En somme pourquoi ne pas redonner un peu de fraicheur dans cette morosité ?

La peinture, l’architecture…ont su se réinventer en leur temps ; pourquoi pas la reliure ?

J’ai des idées, nous avons des idées, vous avez des idées…alors, réinventons la reliure...

et comme pour moi, AML, sans doute, vous accueillera.

mercredi 7 janvier 2026

Pour l'amour de l'art

 Edouard Manet, refusé au Salon, adopté par Christine

Le jeune Edouard rêve de peinture ; mais voilà, papa magistrat n’aime pas ; plutôt officier de marine ? ou fonctionnaire (dans la magistrature, bien, sûr) ? Non ! Edouard préfère la peinture ; son professeur, Couture, peintre établi, n’aime pas les rebelles ; ça tombe mal ! séparation à l’amiable. Alors "Le Salon", peut-être,  pour se faire connaitre ? Loupé ! Edouard est refusé. La trajectoire sans faute d’un non-conformiste têtu.

Edouard a compris. Le raté a choisi sa voie. Il sera…lui-même.

La suite ; une vie en dents de scie. "Refusé", puis "Honorable" puis "Refusé", puis "Repêché"... l’Impératrice l’aidera discrètement à créer « Le Salon des Refusés », que l’empereur boudera. « Le bain », « Le déjeuner sur l’herbe », « Olympia » : la bourgeoisie de Paris se presse pour voir ça…et crier au scandale. Alors il créera « Le Christ aux anges », pour se racheter, et sera…refusé…mais célèbre.

La vie de Manet est racontée avec passion dans ce livre d'Albert Flament, que Christine nous apporte sous une belle livrée noire et rouge.


Pour la déco, Christine a confisqué la palette d'Edouard, avec tous ses pinceaux. Laquelle palette est opportunément chargée de couleurs, sous la forme d'une multitude de petits carreaux de cuir formant mosaïque. Le dernier challenge de Christine, en somme;  on a l'habitude ! 

Gardes-couleurs et tranchefiles bigarrées; Il semblerait bien qu'il soit question d'un peintre !  

Une leçon d''anatomie mixte (2 reliures, par Camille)

Ce traité d’anatomie artistique en deux volumes : 1 L’homme, 2 La femme, est en fait un cours de dessin à destination des élèves des Beaux-Arts, et a pour but de dégager les formes caractéristiques des deux sexes. On ne s’étonnera pas qu’il soit l’œuvre d’un médecin, Paul Richer, lequel, mieux que personne, connait les structures internes de l’être humain, lesquelles seules permettent d’en comprendre les formes extérieures, et mieux encore la cinématique des mouvements.

Les deux textes ne sont pas indépendants, car en fait la structure de base des deux sexes est la même, et fait essentiellement l’objet du premier volume : l’homme, qu’il faut comprendre au sens de « l’être humain ». Seules les masses musculaires plus apparentes chez l’homme-masculin justifient la spécificité de ce premier tome.  Le second tome s’appuie sur cette structure commune pour la complémenter des volumes charnus ou graisseux plus spécifiques à la femme.

L’ensemble porte uniformément la rigueur scientifique du médecin ; et c’est à l’artiste qu’il appartient de recomposer ces données pour figurer, à son gré, mouvements corporels, expressions du visage, effets de puissance ou de délicatesse des corps… qui constituent l’âme de son projet artistique


Pour rassembler ces deux ouvrages, Camille  a choisi l'option du livre double, qui d'un côté ouvre sur le tome 1, "l'homme' et de l'autre sur le tome 2, "la femme". La photo ci-dessus présente  aux deux extrêmes les plats des 2 volumes, entre lesquels sont figurés les deux modes d'ouverture de l'ensemble. On voit que les deux volumes portent en commun leur deuxième plat.

Titres et auteur sont reportés sur les dos dans deux pièces de titre fleurdelisées.

Un tel ouvrage requiert, pour le rangement, un étui adapté. Pour cela, Camille reprend son modèle maintenant habituel d'étui tronqué, toutefois  découpé sur les flancs des mêmes formes homme/femme des premiers plats.

Il va sans dire que les nombreuses découpes coordonnées de l'ensemble sont réalisées à l'aide de l'outil Laser, particulièrement commode pour la réalisation de formes répétitives.

Cocteau, l'homme orchestre, relié par Christine

Ce recueil de poèmes de Jean Cocteau le poète peut à lui seul donner une idée de Jean Cocteau, l’homme. Poésie fantasque, désordonnée, désarticulée, douce puis brutale à l'avenant …elle surprend à peine chez cet homme kaléidoscope, écrivain un jour, poète un autre, homme de théâtre, cinéaste, metteur en scène, peintre, dessinateur...; Cocteau est tout cela et laissera son empreinte sur tous les terrains de la culture.

Quant à sa poésie, elle surfe sur la langue française en jouant des ambiguïtés, des évocations, des double-sens …de sorte que sa lecture réclame à minima un certain effort d’analyse….

« …Persiennes vous êtes côtes / de crucifié sur la mer,/ Fenêtres on compte les côtes/ entre vos bras de verre ouverts ».

Oserait-on parler (un peu) d’hermétisme ? (ndlr). Au lecteur de juger.

C'est dans une robe assez simple (une fois n'est pas coutume), que Christine habille son ouvrage.
Un chagrin presque satiné, couleur chanvre, au premier plat, le reste dans un cuir rouge lisse; voilà pour la couvrure.

Des lettres de cuir découpées avec précision, logées dans un décaissement au premier plat, composent le titre "Cocteau".

C'est sobre, mais la reliure ça sert aussi à ça, à sauver des ouvrages que l'on veut conserver, tout simplement.

vendredi 12 décembre 2025

Les villes lumière...

Si l'on parle de ville lumière, on pense évidemment à Paris; "La Ville Lumière"; Gilbert et Camille vont tous deux l'illustrer par leurs présentes reliures. Mais il est d'autres "Villes lumière", plus discrètes, plus secrètes, en France ou dans d'autres pays. Ainsi ce livre que nous proposera Edmond nous amènera vers quatre villes lumière moins connues; les villes impériales du Maroc.

Allons y ! Que la lumière soit !  

Paris (Ed. des horizons de France), relié par Gilbert.

Ce livre sur Paris est un des volumes de la collection "Les provinciales", éditée par "Horizons de France" dans l'immédiat après-guerre. La collection comporte 30 volumes titrés chacune d''un nom des anciennes provinces de France: "Guyenne", Bourgogne", Franche-Comté"..., sauf Paris qui est à part.

Le volume "Paris" comporte 3 sous-titres qui font appel à 3 auteurs différents: "Paris dans l'histoire" (J. de la Monneraye), La vie intellectuelle et littéraire à Paris (A. Dupouy), L'art à Paris (R-A Weigert).

Il serait superflu de vouloir résumer ce livre; l'histoire de Paris, c'est l'Histoire de France, la vie intellectuelle, l'art à Paris sont ceux de la France. Chaque thème y est extrêmement fouillé, riche de références, de faits majeurs ou mineurs...présentés avec la plus grande objectivité. A peine voit-on poindre quelques opinions personnelles: déception chez J. de la Monneraye sur les réalisations du XXème "...de nombreux édifices ont été bâtis. Mais aucun grand dessein", ou désillusion chez R-A Weigert, "Mêlant les talents exceptionnels et les médiocres, faussée par les jugements sans appel relevant de théories défendables, comme de rivalités de chapelles... la peinture, principalement après la guerre de 1914-918, allait dégénérer en une furieuse mêlée". On ne saurait être plus percutant.

Gilbert illustre brillamment cet ouvrage grâce à une combinaison de techniques non traditionnelles.

Outre l'usage d'un matériau synthétique inhabituel imitant un cuir lisse, Gilbert  a recours au découpage Laser pour composer à la fois le titre "Paris" et les logements du titre, pratique qui autorise une précision de coupe absolue. 

Plus intéressant encore est cette technique qui lui est propre pour la création des lettres dorées, à l'aide de film or classique (oeser). Chaque lettre étant "habillée" de ce film collé sous presse avec émalène, la surface est ensuite débarrassée, par un pelage minutieux, du film plastique qui protège la couche d'or. Au niveau du résultat, l'effet de dorure est saisissant.

Il faut saluer ces initiatives multiples dont Gilbert est coutumier, qui font de la reliure un art vivant et créatif.

Notre très vieux Paris, d'Henri Ramin (1927), relié par Camille

Ici, c'est le Paris du Moyen-âge qui nous est offert dans ses moindres détails. Toutes les facettes de la vie à cette époque sont détaillées, avec force expressions, termes, dictons et proverbes de ce temps.

Ainsi visitera t-on les rues "du puits certain", "des marmousets", "des trois canettes"...jusqu'à s'aventurer dans les sordides ruelles "du tire-chasse", dite aussi "du guiche-oreilles", où l'on vous débarrassera de certains ornements, ou celle "du maudétour", qui risquera bien de justifier son nom...  

Entre mille anecdotes, on y apprend que le barbier n'avait pas le droit de panser un blessé devant sa porte avant d'en avoir référé à la justice...(pauvre blessé !), que les bourgeois étaient plus propres qu'on ne croit, puisqu'après le lever ils allaient aux bains...sauf les dimanches et fêtes, où c'était interdit,... enfin un monde grouillant, débraillé, criard, et pourtant corseté par tout un florilège de règles, interdictions, obligations, édictées par les incontournables corporations, la religion et les pesantes coutumes.

Pour illustrer ce volume, Camille base son illustration sur un dessin (approximatif) de la rosace Sud de la cathédrale Notre-Dame.

Ici, la technique de découpe par Laser montre clairement sa puissance. Le dessin des ferrures est généré à partir d'une seule demi-branche, symétrisée puis reproduite 12 fois par rotations successives. La découpe est faite automatiquement à partir du dessin. On notera que les ferrures les plus minces, découpées dans un cuir noir, sont larges d'1/2 mm à peine.

L'image de fond sous les ferrures est en fait une copie faite à partir d'une peinture réalisée par Camille à l'acrylique, en fait une anamorphose inspirée de 2 gravures classiques du moyen-âge, représentant Le Pont Neuf et Le Louvre. 

Cette peinture a été reportée en page de garde, car elle serait trop peu visible sous les ferrures. L'image de premier plat est une copie atténuée de cette peinture, de façon à créer un effet de lointain. Une copie réduite a été portée au deuxième plat.

Pour  protéger cet ouvrage, Camille confectionne un étui simple de sa conception, qui par sa forme de parallélépipède tronqué permet de saisir facilement l'ouvrage dans une bibliothèque.

Maroc, d'Henri Terrasse, relié par Edmond

Cet ouvrage titré "Maroc" comporte un sous titre "Les villes impériales", les villes lumière du Maroc en quelque sorte, quoique plus discrètes que la précédente. Les villes concernées sont Fès, Marrakech, Rabat et Meknès. 

Ces 4 villes portent chacune à sa façon un peu de l'histoire du pays. Toutes quatre seront secouées à des degrés divers par les grands mouvements de l'histoire arabe; après le défilé des dynasties arabe "Abbassides" (Bagdad), berbères avec les "Almoravides", les "Almohades", que suivront les sultanats issus de l'Espagne andalouse,  les "Mérinides", puis après la Reconquista, les Morisques expulsés d'Espagne (musulmans convertis au christianisme); tous laisseront leur trace quelque part dans ces villes.

Fès est celle des quatre qui recueillera le meilleur témoignage de l'art andalou. Marrakech, plutôt marchande et industrielle, se caractérisera par son artisanat florissant. Meknès restera la ville de l'Andalousie tardive tandis que Rabat deviendra la ville la plus européenne des quatre.

Témoignage de cette diversité, l'auteur conclut ainsi : "sous une foi unique, ce pays conserve deux civilisations, la berbère rurale et l'hispanique urbaine", qu'aucune autorité ne viendra unifier"(en 1937, ndlr).

Pour cet ouvrage, dans un cuit lisse bordeaux, Edmond ne lésine pas sur l'illustration, tant au premier plat qu'au second. Au premier plat, outre le titre en lettres noires incrustées, une carte du Maroc permet de situer les villes concernées. Au second plat, une composition géométrique audacieuse permet à Edmond de montrer son savoir-faire en matière de mosaïque de cuir. Bravo !

Au delà de cet exercice de bravoure, Edmond finalise son ouvrage en utilisant ses savoir-faire habituels: dorure du titre à l'oeser, tranchefiles en bandes de cuir alternées, gardes-couleurs maison faites à la cuve, étui de protection... 

Un travail complètement personnel.


HORS THEME

Communiqué par Michèle

Elisabeth se fait les crocs sur... "le pain dur"...


... ouvrage de Paul Claudel (1948)


Technique mise en oeuvre: demi-cuir-papier avec nerfs

jeudi 6 novembre 2025

Des livres de lumière

 Dans cette livraison, on trouvera 3 ouvrages pleins de lumière, élégamment habillés par nos relieurs: le magnifique Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, relié par Marie-Laure,  "Au soleil" de Guy de Maupassant, relié par Claude B, pour terminer dans un pays de lumière: "Tahiti", de T' Serstevens, en 2 volumes reliés par Claude V.

Gatsby le magnifique, relié par Marie Laure

Ce Gatsby résultait pour Marie-Laure d'un "thème imposé" pour terminer sa 3ème année de formation à l'atelier des Arts Appliqués du Vésinet. En l'occurrence il s'agissait de répondre à  la définition du mot "étincelant". Pari réussi...? Voyons...

Mais d'abord un mot sur l'ouvrage.
Gatsby est riche et sa fortune éclate dans des fêtes fréquentes et opulentes. Mais le clinquant peut cacher une face sombre: pratiques douteuses, amours contrariées, jalousies recuites.
Quand ce chaudron doré explose comme dans une réaction en chaîne, la face cachée de l'univers de Gatsby se révèle, la fête est finie, las paillettes tombent, les lumières s'éteignent.

Marie-Laure construit cet ouvrage dans un mode à "plats rapportés", ce qui lui permet de travailler indépendamment chaque plat. Le matériau de couvrure est une peau de chèvre prétraitée façon chagrin à grain long de couleur "argent". Question brillance, c'est sûr, on y est.


Pour la déco, le plus étonnant est certainement ce décor flamboyant au premier plat. Une étoile, ça doit scintiller...et pas de doute, ça le fait. 
Le centre de l'étoile se présente comme un semis de pierreries chatoyantes logées au fond d'autant de cavités. De ce coeur qui flashe sous la moindre lumière s'échappe une spirale de flammes artistement disposées.


Le deuxième plat est une reprise simplifiée du premier. On y retrouve, mais en désordre, quelques cavités de lumière et quelques rayons. 

Serait-ce une image du déclin de Gatsby ?


Précision technique. Les cavités et les flammes ménagées dans le carton de 3 mm sont découpées par l'outil Laser.
Les "pierreries" au fond des cavités sont des fragments d'un compact disc brisé.

Pour terminer, les gardes-couleurs, comme un ciel étoilé;  s'imposaient presque naturellement.

Alors, reliure "étincelante" ? Nous, on est certains, Marie-Laure peut faire des étincelles. 

Au soleil, relié par Claude B.
 

Cet ouvrage, de Guy de Maupassant, "Au soleil" (1884) rassemble une série d'articles qu'il écrivit pour le journal "Le Gaulois"; au cours de son voyage au Maghreb, ce qui justifie le titre. Par une curieuse fantaisie de l'éditeur, "Au soleil" sera enrichi de deux articles relatant ses voyages ...en Bretagne (vraiment !) puis au Creusot (étonnant !).


Au contact des peuples arabes d'Alger, de l'Oranais, de la Kabylie, des cavaliers du "zar'ed" (Sahara), Maupassant observe, s'étonne, juge quelquefois (sévèrement) la variété des mœurs de ces peuples, moeurs dures, voire cruelles. En outre, dans ce monde aux traditions millénaires, les mozabites, les Juifs et les colons européens dérangent.

"Peuple étrange, enfantin, qui demeure primitif comme à la naissance des races..., il passe sur la terre sans s'y attacher, sans s'y installer...Notre civilisation glisse sur eux sans les effleurer. "

Quant à la colonisation, pure invention de notre république, maladresse, tricherie et corruption font des ravages. Faut-il coloniser ? Maupassant en doute. On en reparlera dans moins d'un siècle

Dans une reliure classique habillée d'un cuir vert lisse, Claude s'accroche au thème de l'ouvrage. Les pays du soleil méritaient bien un grand soleil flamboyant, qu'il traite comme un disque doré d'où émanent des flammes ultra-symbolisées.

 L'astre est posé au centre d'un papier dominoté comme sur un tapis...(d'orient ?). Le deuxième plat reprend le même thème de fond, soleil en moins.

Claude traite le titrage à l'or, dans une disposition élégante en cercle au premier plat. On connait la difficulté de l'exercice, dont Claude se tire avec honneur. 

Gardes-couleurs assorties et nom de l'auteur posé à l'or au centre du dos complètent une reliure sans grande ambition mais cohérente.

Tahiti, de T'Serstevens, relié par Claude V.

Communiqué par Michèle



Couvrure cuir à plats rapportés, gardes-couleurs assorties avec charnières, lettres réalisées par découpe laser dorées au spray "or", complètent la reliure de cet ouvrage que nous propose Claude V.

vendredi 10 octobre 2025

Quand les Lieurs se démultiplient...

 Christine double la mise...

...avec deux nouvelles reliures originales; deux techniques différentes, la plus simple n'étant pas forcément la moins convaincante.

Le Louvre

On ne trouvera dans cet ouvrage d'André Blum nulle collection de peintures, ni sculptures, objets d'art; pas même les plus connus; pas de Joconde ni de Picasso; mais en fait une histoire du bâtiment "Louvre", de sa vocation et de ses vicissitudes au long des 5 siècles jusqu'à nos jours.

D'abord construit pour abriter la Cour, il sera dévalorisé dès la construction de Versailles, et un peu oublié pour un siècle. Il abritera alors aussi bien un dépôt de blé, des échoppes et baraques diverses , des écuries, et sera même une source de matériaux pour des chantiers parisiens.

Il ne deviendra musée que sous la Constituante



Christine choisit pour cet ouvrage une solution originale. 

Le premier plat est percé de fenêtres dessinant le titre de l'ouvrage. 

A livre fermé, ces fenêtres laissent apparaitre le papier marbré de la garde couleur, comme une peinture qui figurerait dans l'ouvrage. 

On peut y voir une référence à la vocation essentiellement picturale du bâtiment.

On notera qu'en raison de l'épaisseur des cartons (3mm), l'évidement des fenêtres a nécessité le recours à la découpe Laser. Cette technique, unique pour la découpe dans des cartons épais, trouvera bien d'autres usages, n'en doutons pas, dans la réalisation de décors.

Les Hauts de Hurlevent, d'Emily Bronté

Considéré aujourd'hui comme un monument de la littérature britannique, ce roman n'a pas toujours fait l'unanimité. Sa violence a fait qu'on l'a cru un temps écrit par un homme, la conception de la femme au milieu du XIXème étant peu compatible avec ce style fortement transgressif.

Dans un milieu hostile de landes sauvages, qui d'emblée suscite une atmosphère angoissante, des relations amoureuses se nouent, mais dans l'ombre tournent facilement à la jalousie, quand ce n'est pas au désir de vengeance.

L'étrange Mr Heathcliff , rongé par le désespoir, en fera les frais.




Christine choisit pour cet ouvrage un décor simple, mais efficace. La couvrure noire pleine peau situe d'emblée le roman dans une nuit angoissante et vide. Le décor minimaliste est réduit à l'évocation d'une tour mystérieuse, comme il en existe de nombreuses en Angleterre, partiellement éclipsée par un énorme soleil rouge, plus tragique qu'éclairant.

On notera l'effet "peau de serpent" utilisé pour la tour, qui simule de manière très réaliste une construction rustique en "opus incertum". La pièce de titre large au dos, dans le même rouge, s'harmonise heureusement avec l'ouvrage.

Avis de la rédaction.  Cet exemple de décor, minimaliste, presque symbolique, mais suffisant pour communiquer l'atmosphère de l'ouvrage, nous parait être tout à fait dans l'esprit de la reliure moderne. En l'espèce, retenons le, le trop est souvent l'ennemi du bien.


...et Michèle se met en quatre...

...pour nous présenter quatre nouvelles reliures, sur des thèmes très variés. 

Trois-six-neuf, de Colette

Dans cet ouvrage, Colette nous raconte ses nombreux déménagements; de sa Bourgogne natale jusqu'au 9 rue de Beaujolais (c'est normal) à Paris, où elle vécut de 1938 à sa mort en 1954.

Dans une couverture bleue pleine peau, Michèle inscrit titre et auteur dans un joli mouvement courbe dégressif. Ce titrage étant au préalable découpé au Laser dans une cartonnette, le relief est obtenu par pression à l'émalène du cuir de couvrure sur cette base.

Le papier marbré "plume de paon" complète heureusement cette réalisation

Gaspard, Melchior et Balthazard, de Michel Tournier

Cet ouvrage nous raconte l'histoire des trois rois mages, mais aussi celle d'un quatrième roi, gourmand, parti en quête d'une friandise céleste.

La couvrure est un skivertex-papier animé par les silhouettes des 3 rois-mages, elles mêmes moulées dans le même skivertex.

Les gardes-couleurs du même papier confèrent une réelle homogénéité à l'ouvrage.


La Provence, de Camille Mauclair (Ed. Arthaud, 1944)

Cet ouvrage, d'un auteur plusieurs fois rencontré dans ce blog, nous emmène aujourd'hui vers des horizons ensoleillés. On y traverse la Vallée du Rhône, le coeur provençal; puis de Marseille à l'Argens, de la Sainte-Baume au Var et du Var au Ventoux, c'est un grand tour de Provence qui s'offre à nous.

Pour cet ouvrage, Michèle reprend la couverture d'origine sur une base souple, les cahiers étant montés sur des onglets de couleurs différentes. La couture apparente sur rubans est une originalité de ce travail.


Fanny, de Marcel Pagnol

Marius est parti sans donner de ses nouvelles, laissant Fanny enceinte. Panisse qui l'avait demandée en mariage est ravi; il accepte Fanny et son enfant. Le bébé nait mais Marius réapparait et veut reprendre son bien. Sur le refus de Panisse, Marius doit regagner son bateau.

La couvrure dans une toile bleue est incrustée d'un décor évoquant les voiles d'un bateau, découpé dans une peau de poisson; double référence à l'addiction de Marius pour la mer. Les gardes-couleurs en tourbillon de bleu s'accordent également avec ce thème. 

Le titre est moulé sur une forme découpée au scalpel dans de la cartonnette; on connait la pénibilité de ce travail

mardi 7 octobre 2025

Un bouquet de quatre anniversaires

 Ce 25 Septembre, les lieurs de Sénart étaient conviés à l'atelier, d'abord manière de se retrouver pour un nouveau départ après vacances, ensuite pour fêter les anniversaires des lieurs qui ont (malgré eux) gagné un an au cours de ces 3 derniers mois.

















Avec Agnès en "Maître de cérémonie", les lieurs Camille, Françoise, Gilbert et Pierre ont pu souffler leur bougie, opportunément plantée dans une brioche au chocolat.


Les mêmes ont ensuite reçu leur cadeau de l'atelier; un mug introuvable opportunément décoré de l'image d'une bibliothèque; enfin quelque chose qui parle aux lieurs. 

On aura noté que Gilbert a trouvé très commode de poser son mug sur la tête de Camille; par chance le mug était froid.



Après une courte présentation de quelques livres issus de nos travaux,  au cours de laquelle Camille a pu exposer quelques uns de ses "petits secrets" de relieur amateur, la matinée ne pouvait se terminer sans un sérieux "apéritif dinatoire"; dans une ambiance festive et décontractée qui augure bien de l'année à venir.

lundi 8 septembre 2025

Deux mosïques de cuir

 La mosaïque de cuir est un peu le graal de la reliure, de par le soin et l'exigence de précision qu'elle implique. Nos deux Lieurs Christine et Edmond s'y sont collés, pour deux ouvrages classiques de la littérature. Leurs réalisations sont relatées ci-dessous; au lecteur de juger s'ils ont été à la hauteur.

Le Lion

"Le Lion" est un livre "iconique" de Joseph Kessel, paru en 1958, où l'auteur, grand voyageur, montre sa sensibilité aux animaux comme aux humains des autres cultures. 

Le roman: Patricia, fillette de 10 ans et fille du Directeur d'une réserve d'animaux au Kenya, ayant apprivoisé un lionceau devenu lion, se heurtera à la tradition Masaï, qui veut qu'un homme n'est devenu adulte qu'après avoir tué son premier fauve. Quand il faudra choisir entre l'homme et le lion, c'est le lion qu'elle voudra sauver....mais....

Au delà de l'anecdote, Kessel donne à cette enfant une maturité qui reflète sans aucun doute la sensibilité de l'auteur: "Les noirs, c’est autre chose. C’est juste. Ils vivent avec les bêtes… Ils n’ont pas plus d’armes que les bêtes. Mais les blancs, avec leurs gros fusils, c’est pour s’amuser..."

Pour la couvrure de cette ouvrage, un lion magnifique s'imposait... 


... et c'est vrai qu'il est magnifique, ce lion puzzle en mosaïque de cuir. Le jeu des couleurs choisies suffit à créer un véritable modelé faisant jaillir le museau hors de la surface, de manière saisissante.

 La précision d'assemblage est au rendez-vous, malgré un nombre incalculable de pièces à découper et à assembler.  Un vrai travail de patience, et pour Christine un nouveau pari (on a l'habitude)... Pari gagné ? 

Le deuxième plat, plus simple, reprend les couleurs du lion, sous la forme de bandes parallèles alternées. L'ensemble affiche en définitive une belle harmonie chromatique.   

 

Le petit chose

Ce roman d'Alphonse Daudet, sous-titré « histoire d’un enfant » (1868), est le récit autobiographique d'une enfance perturbée, mais qui fera le terreau de l'adulte sensible et généreux que l'on connait.

 Poète, rêveur dans son être, mais dans son entourage  bousculé, malmené, trompé.. il connaitra l’amitié mais aussi la trahison, la cruauté, la réussite et la désillusion, l’amour mais aussi la tromperie, toutes aventures qu’il traversera en se laissant porter par la tendresse de son frère.

Dans ce cheminement jusqu'à son age adulte, il restera un enfant : « le petit chose »...

...et c'est un enfant rêveur qu'Edmond nous présente au premier plat, dans une mosaïque de cuir savamment composée.

Dans un beau cuir bordeaux, la figurine du héros apparait en incrustation au centre du premier plat. Le dessin minimaliste mais suffisant, c'est le visage d'un enfant qui s'interroge sur son devenir; on est dans le vrai.

Pour le reste, Edmond utilise tous les savoirs qu'il a accumulés au cours du temps: contre-plats veloutés avec charnières, gardes volantes "à la cuve" "maison", comme les tranchefiles en bandes de cuir, comme les dorures à la feuille d'or; de l'Edmond que l'on connait.