...tous prêts à travailler pour les Lieurs
Les Lieurs de Sénart
Qui sommes nous ?
*************** QUI SOMMES NOUS ? *******************
Nous sommes une association d'amateurs qui pratiquons la reliure pour notre propre plaisir. Notre local se situe à Draveil, au Village des Associations, 42, rue du Bout des Creuses.
Notre atelier est ouvert les Samedi matin (9h-12h) et après-midi (14h-17h), le Mardi matin et le Jeudi matin, et cela toute l'année.
Nous recevrons avec plaisir toute personne intéressée par la mise en valeur ou la sauvegarde des livres, pour connaître notre travail, nous voir à l'ouvrage, poser des questions, éventuellement s'inscrire à notre atelier, pourquoi pas ? ... cela à tout moment de l'année.
Donc à bientôt.........
Un mot du rédacteur en chef Camille
Ce blog est le blog de tous les Lieurs. Chacun peut y intervenir librement, insérer du texte, des photos,... Il n'y a pas de censure. Certes, on le constatera; la signature est le plus souvent celle de Camille...timidité ? réticence devant l'ordinateur ? Allez savoir ! Peu importe; qui a choisi le rôle de rédacteur se doit de l'assumer !
Mais là n'est pas mon propos. Rédacteur, certes, mais pas formateur. Dans mes articles, je présenterai des travaux d'adhérents. Je n'ai pas qualité pour les juger. Le choix des œuvres présentées ne résulte que de la bonne volonté des adhérents de me les confier pour les photos. Les remarques que j'y ferai ne reflètent que l'impression d'un quidam qui, certes, aime les beaux livres, mais sans compétence particulière sur le sujet de la reliure. Je me donne la position d'un journaliste, aucunement celle d'un spécialiste. Je tenais à préciser ce point, afin qu'il n'y ait pas de malentendu.
dimanche 28 juin 2026
lundi 8 juin 2026
Les livres jaunes : une farce qui a bien tourné
L'appellation "livres jaunes" recouvre chez les Lieurs ces ouvrages de la collection "Le livre de demain", qui ont été édités dans la période 1920 à 1960, et qui ont produit environ 240 titres.
Suite à un don, l'atelier possédait un bon nombre de ces ouvrages, souvent signés par des auteurs célèbres, et remarquables aussi pour leurs gravures sur bois. Quelques Lieurs en ont choisi un pour exercer leur talent.Histoire d'une farce
La farce commence lorsque les compères Camille et Marie-Laure invitent les Lieurs à participer à un concours interne de "livres jaunes", dont ils sont organisateurs Marie-Laure (Présidente), Camille (Vice-Président), mais aussi seuls membres du jury, et de surcroit seuls inscrits. L'affaire parait quelque peu douteuse.
Malgré celà, nombre de lieurs (jusqu'à 12) s'inscrivent pour participer. Le 30 juin, dix reliures sont remises au jury.Après délibérations secrètes, le jury remet (très sérieusement) ses conclusions le 6 Juin, à l'occasion d'un petit "brunch" organisé à l'atelier.
Palmarès. Au cours de cette séance, Camille et Marie-Laure délivrent alternativement, sans complaisance ni favoritisme, l'appréciation du jury pour chaque participant, dont l'anxiété est perceptible.
Au résultat, dix catégories ayant été définies, il s'en suit que chaque participant obtient le premier prix dans sa catégorie, et qu'il n'y a donc pas de 2ème prix. Tous reçoivent les félicitations du jury.
La séance se termine dans la bonne humeur, le soulagement des candidats, autour de quelques délicatesses comestibles raisonnablement arrosées.
Une farce qui en appelle d'autres ! Pour l'an prochain ?
Dans la catégorie "Persévérence", le premier prix est attribué à Edmond Mercier, pour son livre « Le divertissement provincial », d’Henri de Régnier.. En effet, Edmond a anticipé le concours depuis au moins 10 ans, comme en attestent le journal des Lieurs du 13 Septembre 2017, et sa bibliothèque (ci-contre). Depuis, il n'a cessé de perfectionner sa technique de sorte qu'il lui faut aujourd’hui moins d’une dizaine de minutes pour produire un livre jaune.
Dans la catégorie "Lettres classiques", le premier prix est attribué à Maryse Charbonnel, pour "Les amours d’un poète", de Louis Barthou....et quel poète ! Victor Hugo, bien sûr. On est en pleine période romantique et Maryse a joué autour du thème des lettres et des mots, avec une reliure souple, très souple même… en forme d’enveloppe de simili jaune, doublée d’un joli papier orné de lignes d’écritures et fermée d’un superbe ruban assorti. L’ensemble est délicat et évoque les liasses de lettres d’amour parfumées que les dames du temps jadis cachaient dans les tiroirs secrets de leurs secrétaires… Bravo à Maryse dont les débuts en reliure sont encore récents et qui montre qu’elle ne manque pas d’inspiration !
une fois plongé dans son livre on ne le distingue plus lorsqu’on a besoin de quelqu’un pour sortir la poubelle.
Dans la catégorie "Folklore", le premier prix est attribué à Christine Caillaud pour "La petite infante de Castille" de Montherlant. Christine a choisi ce roman qui raconte une amourette de l’auteur avec une petite danseuse au cours d’un voyage en Espagne. Christine a opté pour une structure de type «passure en carton » en plein cuir jaune, avec un joli décor en forme de vagues autour des plats et du dos (à croquer comme les petits LU !). Mais l’élément principal du décor est une danseuse de flamenco superbement dessinée, en mosaïque de cuir rouge et noir. L’ensemble ne manque pas de puissance et d’expressivité ! Une touche d’originalité : la paire de castagnettes où figure en lettres (d’or !) le nom de l’auteur et qui sert de marque-pages…
Dans la catégorie « livre coquin », le premier prix est attribué à Claude Boujon, pour son ouvrage « Le séducteur », de Gérard Thouville. Le séducteur, il est là, avec sa bouche charnue, sa fine moustache en vrai poil de balayette, tout cela allant de pair avec l’érotisme brûlant du livre; ainsi p52 :« tous les jours, je me baigne, je me coiffe, je me rebaigne, je me recoiffe ». Ah ! quelle chaleur soudain nous envahit !
Dans la catégorie "histoire", le premier prix est attribué à Gilbert pour "Napoléon III", d'Octave Aubry. L'ouvrage est un « best-seller » d’Octave Aubry, historien
français (1881-1946) qui a beaucoup écrit sur la période napoléonienne. Le
pauvre est mort la veille de son discours de réception à l’Académie
Française...Gilbert, un ré-inventeur de la reliure, a opté pour une
toile jaune et une structure à dos droit. Mais bien que le dos ne soit pas
collé (ce qui réjouira Camille), le livre est un peu récalcitrant à
l’ouverture… Le décor aux deux plats est composé de symboles napoléoniens
embossés ou incrustés. Et si l’on observe attentivement le profil de la
médaille au plat recto, on observe une ressemblance frappante entre Gilbert I
et Napoléon III…Dans la catégorie du "relieur le plus chevronné ", le premier prix est attribué à Marie Laure Lameloise, pour son livre de Colette : « Chéri ». Pourquoi chevronnée ? en raison de son tropisme pour les chevrons. Avec un peu d’imagination, nous voyons bien au premier plat, Léa, ancienne courtisanne qui fut belle mais aujourd’hui fanée, un peu épaissie... au deuxième plat, Chéri, son amant, de 20 ans de moins, svelte, élancé, … tout ça ne pouvait pas durer !
ndlr. Camille a finalement avoué; les ballons n'ont rien à voir avec le sujet; mais c'était intéressant à découper (laser) et à colorier (imprimante UV)
Dans la catégorie du « Livre mystère », le premier prix est attribué à Paul Grouhel, pour son livre « Le chant du Toukan », d’Henry de Monfreid. Pourquoi mystère ? parce que la signification des deux macarons incrustés est un mystère. Casse-tête chinois ? Ancien damier d’origine perse ? Pavillon pour pirates des caraïbes (on connait la fascination de Paulo pour la mer)… Et si c’était simplement un exercice de mosaïque décorative ? Pourquoi pas ? Rien n’est interdit en reliure.
ndlr. Paulo a confirmé, c'est bien la dernière explication qui est la bonne
Dans la catégorie "Ecologiste". Le premier prix est attribué à Philippe Foscolo pour le livre de Louis Barthou "Les amours d'un poète" (2ème exemplaire). Ecologiste car il prouve qu'on peut faire de la déco avec de vieux journaux, voire des déchets de poubelle, etc... Le jury exprime cependant une réserve; pour un effet de journaux déchirés, mieux vaut choisir les coupes dans les articles météo, financiers, faits divers...plutôt que dans des articles fortement connotés; politique, religion, etc..., surtout s'ils n'ont aucun rapport avec le thème du livre.
mercredi 27 mai 2026
Les Lieurs montrent leur savoir-faire
Quelques oeuvres de Lieurs...et une invitée de marque
Le Samedi 19 Mai, les lieurs du Mardi matin recevaient une visite impromptue, en l'occurence Mme Annette Chevereau, Adjointe au Maire pour la culture à la Mairie de Draveil. L'intérêt manifesté par cette personne pour la reliure et le caractère très amical de la rencontre ont fait que nous lui avons proposé pour le Mardi suivant une petite présentation interne de nos travaux. Notre invitée à noté ce rendez-vous et était donc présente ce Mardi 26 pour mieux connaitre notre activité.
Ci-dessus notre petite exposition. On notera la variété des techniques utilisées: incrustations, mosaïques de cuir, décors de paille, découpe laser, dorure, pyrogravure, ouvrage siamois, boite à trésor...et même restauration. Les lieurs ne reculent devant rien !
Ci-dessus, à gauche, des Lieurs travaillent encore pendant que d'autres parlent de leur travail, leurs techniques (pratique de la dorure en particulier), devant notre invitée, qui les a écoutés avec attention.
Sur la photo de droite, Mme Chevereau expose quelques points de vue généraux sur les rapports de la Mairie et des Associations. La suite de la rencontre se poursuivra sur ce thème, ...mais c'est une autre histoire.
Merci à "Annette" (avec son autorisation) de l'intérêt qu'elle a montré pour notre travail, et merci aux exposants: Claude B., Christine, Roland, Gibert, Camille, Barbara, Marie-Laure, Edmond, Pierre, de leur participation active à ce (trop rare) évènement.
vendredi 27 mars 2026
Quelques grains de folie...
Eloge de la folie (Erasme), relié par Claude
Erasme, prêtre néerlandais (1466 env.-1536), grand voyageur mais surtout écrivain prolifique, est connu pour sa philosophie humaniste, ouvrant au monde un chemin vers la liberté de penser.Dans l’Eloge de la folie l’auteur fait parler une déesse « La Folie », vue à la fois comme un élément perturbateur mais aussi comme une source de progrès.

La lecture de ce monologue alternant entre férocité et humour caustique laisse souvent le lecteur dans la perplexité. On en retient surtout une volonté de rompre les codes, les certitudes des scholastiques, les pratiques obscurantistes, les leçons de sagesse des pédants...… tout cela sans se surestimer lui même puisqu’il termine son œuvre par ces mots « …vous êtes trop fous si vous croyez que je me souviens de ce que j’ai dit…je hais l’auditeur qui a bonne mémoire ».
Claude nous présente cet ouvrage sous un habillage de cuir beige, portant sur les deux faces un étrange motif de cuir rouge dont la signification reste obscure sinon qu'elle pourrait relever...de la pure folie.
Titre et auteur sont rapportées en lettres de cuir biscornues logées dans ce dessin en épousant les contours.
De cet ouvrage il ressort que Claude aime la littérature...à la folie.
Mademoiselle de la Ferté (Pierre Benoit), relié par Edmond
Anne de la Ferté, noble héritière du pays landais, fiancée à Jacques se verra supplantée dans le cœur de celui-ci au profit de Galswinthe de Saint Selve, qu’il épousera. Après le décès de Jacques, Galswinthe, malade, choisira de se réfugier chez Anne pour y trouver soin et réconfort.
Mais de cette étrange cohabitation il résultera entre ces deux femmes une relation ambiguë faite d’amitié (voire amour ?), compassion, vengeance rentrée…situation qui perdurera jusqu'au décès de Galswinthe
L’auteur, Pierre Benoit, aime décrire ces situations de la vie, inextricables dans la complexité des âmes et des sentiments humains. L'auteur ne nous donne pas la clé, tant est qu'il en ait une, et laisse au lecteur le soin d'y trouver la sienne.
Edmond illustre cet ouvrage dans un cuir rouge velouté, illustré au premier plat d'une mosaïque de cuir représentant en incrustation l'héroïne Anne de la Ferté.
Comme toujours, Edmond réalise ses dorures de titre à la feuille d'or, ses garde-couleurs à la cuve et ses tranchefiles de cuir.
Légende du Beau Pécopin (Victor Hugo), relié par Christine
Ce petit livre est en fait une des "Lettres de Voyage" que Victor Hugo écrivit puis rassembla en un seul ouvrage "Le Rhin" paru en 1842.L'origine est un conte de fées germanique, à la manière des fabliaux du
moyen-âge, mais en version revisitée au XIXème siècle avec une vision plus moderne.
Le beau Pécopin, fiancé à Bauldur, protégé par un talisman à son cou, se laisse envouter par le diable pour une chevauchée fantastique. Après 5 ans d'errements, Pécopin n'aura de cesse que de retrouver Bauldour, mais dès lors qu'il aura perdu son talisman, c’est une femme de 101 ans qu’il retrouvera dans son château.
Moralité, refuser de vieillir ne suffit pas pour arrêter le cours du temps.
Christine traite cet ouvrage dans un cuir marron et tente un exercice (un de plus) à base de fils enchâssés dans le cuir.
Le réseau de rainures ménagées dans le cuir tient de l'opération qu'on appelle "dorure à froid", qui, comme son nom ne l'indique pas, se fait à la palette "sans or" et "à chaud". L'exercice y est plus difficile qu'il n'y parait.
Christine s'en sort honorablement, sauf que...
Sauf que quoi...?
Bon, si vous voulez savoir, allez le demander à Christine !
Un Lieur publie (encore) dans Art & Métiers du Livre
Rédigé par Camille (réflexion libre)
On se rappelle que, dans le cas présent, la découpe laser permettait de placer exactement les pièces de la lettrine, comme dans un puzzle, sans risquer d’endommager le fond « or véritable » de la lettrine.
Bonne idée, peut-être ; mais de là à figurer dans la revue; Ouaouh ! ça vous gonfle un peu votre ego ! Un petit relieur amateur d’un petit club de banlieue demande à publier dans la revue de référence du livre, ça n’a pas de sens ! Ou alors…
Prenons du recul. Le livre imprimé, mis à mal par l’édition
numérique, va mal. La reliure professionnelle, première victime, ne survit guère
(et difficilement), que grâce aux besoins d’archivage des institutions (conseils régionaux,
notaires…). Quant à la reliure « amateur », qui eut son heure
florissante à travers une foule d’ateliers, aujourd’hui figée dans un carcan de
méthodes millénaires gravées dans le marbre, elle s’étiole entre les mains de groupuscules
vieillissants.
Alors chez AML on se dit (peut-être) que l’on pourrait
vaincre cette morosité par quelque idée nouvelle, quelque brin
d’inventivité, quelque son de cloche
dissonant, quelque brin de folie, d’où qu’ils viennent, par
exemple :
Pourquoi ne pas donner de la noblesse aux livres
d’aujourd’hui, si vilainement « carrés_collés » ?
Pourquoi ne pas
profiter des techniques modernes, outils de découpe, transfert d’images, broderie programmée etc.. ?
Pourquoi ne pas profiter des matériaux modernes, plexiglass, pâtes synthétiques...
En somme pourquoi ne pas
redonner un peu de fraicheur dans cette morosité ?
La peinture, l’architecture…ont su se réinventer en leur
temps ; pourquoi pas la reliure ?
J’ai des idées, nous avons des idées, vous avez des
idées…alors, réinventons la reliure...
et comme pour moi, AML, sans doute, vous accueillera.
mercredi 7 janvier 2026
Pour l'amour de l'art
Edouard Manet, refusé au Salon, adopté par Christine
Le jeune Edouard rêve de peinture ; mais voilà, papa
magistrat n’aime pas ; plutôt officier de marine ? ou fonctionnaire
(dans la magistrature, bien, sûr) ? Non ! Edouard préfère la peinture ; son professeur, Couture, peintre établi,
n’aime pas les rebelles ; ça tombe mal ! séparation à l’amiable. Alors "Le Salon", peut-être, pour se faire connaitre ? Loupé ! Edouard est refusé. La trajectoire
sans faute d’un non-conformiste têtu.
Edouard a compris. Le raté a choisi sa voie. Il
sera…lui-même.
La suite ; une vie en dents de scie. "Refusé", puis "Honorable" puis "Refusé", puis "Repêché"... l’Impératrice l’aidera discrètement à créer
« Le Salon des Refusés », que l’empereur boudera. « Le
bain », « Le déjeuner sur l’herbe »,
« Olympia » : la bourgeoisie de Paris se presse pour voir
ça…et crier au scandale. Alors il créera « Le Christ aux anges »,
pour se racheter, et sera…refusé…mais célèbre.
La vie de Manet est racontée avec passion dans ce livre d'Albert Flament, que Christine nous apporte sous une belle livrée noire et rouge.
Ce traité d’anatomie artistique en deux volumes : 1
L’homme, 2 La femme, est en fait un cours de dessin à destination des élèves
des Beaux-Arts, et a pour but de dégager les formes caractéristiques des
deux sexes. On ne s’étonnera pas qu’il soit l’œuvre d’un médecin, Paul Richer, lequel, mieux que personne, connait les structures internes de l’être humain, lesquelles seules permettent d’en comprendre les formes extérieures, et
mieux encore la cinématique des mouvements.
Les deux textes ne sont pas indépendants, car en fait la
structure de base des deux sexes est la même, et fait essentiellement l’objet
du premier volume : l’homme, qu’il faut comprendre au sens de
« l’être humain ». Seules les masses musculaires plus apparentes chez
l’homme-masculin justifient la spécificité de ce premier tome. Le second tome s’appuie sur cette structure commune
pour la complémenter des volumes charnus ou graisseux plus spécifiques à la
femme.
L’ensemble porte uniformément la rigueur scientifique du médecin ; et c’est à l’artiste qu’il appartient de recomposer ces données pour figurer, à son gré, mouvements corporels, expressions du visage, effets de puissance ou de délicatesse des corps… qui constituent l’âme de son projet artistique
Cocteau, l'homme orchestre, relié par Christine
Ce recueil de poèmes de Jean Cocteau le poète peut à lui
seul donner une idée de Jean Cocteau, l’homme. Poésie fantasque, désordonnée,
désarticulée, douce puis brutale à l'avenant …elle surprend à peine chez cet homme
kaléidoscope, écrivain un jour, poète un autre, homme de théâtre, cinéaste,
metteur en scène, peintre, dessinateur...; Cocteau est tout cela et
laissera son empreinte sur tous les terrains de la culture.
Quant à sa poésie, elle surfe sur la langue française en jouant des ambiguïtés, des évocations, des double-sens …de sorte que sa lecture réclame à minima un certain effort d’analyse….
« …Persiennes vous êtes côtes / de crucifié sur la mer,/ Fenêtres on compte les côtes/ entre vos bras de verre ouverts ».
Oserait-on parler (un peu) d’hermétisme ? (ndlr). Au lecteur de juger.
C'est dans une robe assez simple (une fois n'est pas coutume), que Christine habille son ouvrage.vendredi 12 décembre 2025
Les villes lumière...
Si l'on parle de ville lumière, on pense évidemment à Paris; "La Ville Lumière"; Gilbert et Camille vont tous deux l'illustrer par leurs présentes reliures. Mais il est d'autres "Villes lumière", plus discrètes, plus secrètes, en France ou dans d'autres pays. Ainsi ce livre que nous proposera Edmond nous amènera vers quatre villes lumière moins connues; les villes impériales du Maroc.
Allons y ! Que la lumière soit !
Paris (Ed. des horizons de France), relié par Gilbert.
Ce livre sur Paris est un des volumes de la collection "Les provinciales", éditée par "Horizons de France" dans l'immédiat après-guerre. La collection comporte 30 volumes titrés chacune d''un nom des anciennes provinces de France: "Guyenne", Bourgogne", Franche-Comté"..., sauf Paris qui est à part.
Le volume "Paris" comporte 3 sous-titres qui font appel à 3 auteurs différents: "Paris dans l'histoire" (J. de la Monneraye), La vie intellectuelle et littéraire à Paris (A. Dupouy), L'art à Paris (R-A Weigert).Il serait superflu de vouloir résumer ce livre; l'histoire de Paris, c'est l'Histoire de France, la vie intellectuelle, l'art à Paris sont ceux de la France. Chaque thème y est extrêmement fouillé, riche de références, de faits majeurs ou mineurs...présentés avec la plus grande objectivité. A peine voit-on poindre quelques opinions personnelles: déception chez J. de la Monneraye sur les réalisations du XXème "...de nombreux édifices ont été bâtis. Mais aucun grand dessein", ou désillusion chez R-A Weigert, "Mêlant les talents exceptionnels et les médiocres, faussée par les jugements sans appel relevant de théories défendables, comme de rivalités de chapelles... la peinture, principalement après la guerre de 1914-918, allait dégénérer en une furieuse mêlée". On ne saurait être plus percutant.
Gilbert illustre brillamment cet ouvrage grâce à une combinaison de techniques non traditionnelles.
Outre l'usage d'un matériau synthétique inhabituel imitant un cuir lisse, Gilbert a recours au découpage Laser pour composer à la fois le titre "Paris" et les logements du titre, pratique qui autorise une précision de coupe absolue.
Plus intéressant encore est cette technique qui lui est propre pour la création des lettres dorées, à l'aide de film or classique (oeser). Chaque lettre étant "habillée" de ce film collé sous presse avec émalène, la surface est ensuite débarrassée, par un pelage minutieux, du film plastique qui protège la couche d'or. Au niveau du résultat, l'effet de dorure est saisissant.
Il faut saluer ces initiatives multiples dont Gilbert est coutumier, qui font de la reliure un art vivant et créatif.
Notre très vieux Paris, d'Henri Ramin (1927), relié par Camille
Ici, c'est le Paris du Moyen-âge qui nous est offert dans ses moindres détails. Toutes les facettes de la vie à cette époque sont détaillées, avec force expressions, termes, dictons et proverbes de ce temps.
Ainsi visitera t-on les rues "du puits certain", "des marmousets", "des trois canettes"...jusqu'à s'aventurer dans les sordides ruelles "du tire-chasse", dite aussi "du guiche-oreilles", où l'on vous débarrassera de certains ornements, ou celle "du maudétour", qui risquera bien de justifier son nom...Entre mille anecdotes, on y apprend que le barbier n'avait pas le droit de panser un blessé devant sa porte avant d'en avoir référé à la justice...(pauvre blessé !), que les bourgeois étaient plus propres qu'on ne croit, puisqu'après le lever ils allaient aux bains...sauf les dimanches et fêtes, où c'était interdit,... enfin un monde grouillant, débraillé, criard, et pourtant corseté par tout un florilège de règles, interdictions, obligations, édictées par les incontournables corporations, la religion et les pesantes coutumes.
Pour illustrer ce volume, Camille base son illustration sur un dessin (approximatif) de la rosace Sud de la cathédrale Notre-Dame.
Ici, la technique de découpe par Laser montre clairement sa puissance. Le dessin des ferrures est généré à partir d'une seule demi-branche, symétrisée puis reproduite 12 fois par rotations successives. La découpe est faite automatiquement à partir du dessin. On notera que les ferrures les plus minces, découpées dans un cuir noir, sont larges d'1/2 mm à peine.
L'image de fond sous les ferrures est en fait une copie faite à partir d'une peinture réalisée par Camille à l'acrylique, en fait une anamorphose inspirée de 2 gravures classiques du moyen-âge, représentant Le Pont Neuf et Le Louvre.
Pour protéger cet ouvrage, Camille confectionne un étui simple de sa conception, qui par sa forme de parallélépipède tronqué permet de saisir facilement l'ouvrage dans une bibliothèque.
Maroc, d'Henri Terrasse, relié par Edmond
Cet ouvrage titré "Maroc" comporte un sous titre "Les villes impériales", les villes lumière du Maroc en quelque sorte, quoique plus discrètes que la précédente. Les villes concernées sont Fès, Marrakech, Rabat et Meknès.
Ces 4 villes portent chacune à sa façon un peu de l'histoire du pays. Toutes quatre seront secouées à des degrés divers par les grands mouvements de l'histoire arabe; après le défilé des dynasties arabe "Abbassides" (Bagdad), berbères avec les "Almoravides", les "Almohades", que suivront les sultanats issus de l'Espagne andalouse, les "Mérinides", puis après la Reconquista, les Morisques expulsés d'Espagne (musulmans convertis au christianisme); tous laisseront leur trace quelque part dans ces villes.Fès est celle des quatre qui recueillera le meilleur témoignage de l'art andalou. Marrakech, plutôt marchande et industrielle, se caractérisera par son artisanat florissant. Meknès restera la ville de l'Andalousie tardive tandis que Rabat deviendra la ville la plus européenne des quatre.
Témoignage de cette diversité, l'auteur conclut ainsi : "sous une foi unique, ce pays conserve deux civilisations, la berbère rurale et l'hispanique urbaine", qu'aucune autorité ne viendra unifier"(en 1937, ndlr).
Pour cet ouvrage, dans un cuit lisse bordeaux, Edmond ne lésine pas sur l'illustration, tant au premier plat qu'au second. Au premier plat, outre le titre en lettres noires incrustées, une carte du Maroc permet de situer les villes concernées. Au second plat, une composition géométrique audacieuse permet à Edmond de montrer son savoir-faire en matière de mosaïque de cuir. Bravo !
Au delà de cet exercice de bravoure, Edmond finalise son ouvrage en utilisant ses savoir-faire habituels: dorure du titre à l'oeser, tranchefiles en bandes de cuir alternées, gardes-couleurs maison faites à la cuve, étui de protection...Un travail complètement personnel.
HORS THEME
Communiqué par Michèle
Elisabeth se fait les crocs sur... "le pain dur"...
... ouvrage de Paul Claudel (1948)
Technique mise en oeuvre: demi-cuir-papier avec nerfsjeudi 6 novembre 2025
Des livres de lumière
Dans cette livraison, on trouvera 3 ouvrages pleins de lumière, élégamment habillés par nos relieurs: le magnifique Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, relié par Marie-Laure, "Au soleil" de Guy de Maupassant, relié par Claude B, pour terminer dans un pays de lumière: "Tahiti", de T' Serstevens, en 2 volumes reliés par Claude V.
Gatsby le magnifique, relié par Marie Laure
Ce Gatsby résultait pour Marie-Laure d'un "thème imposé" pour terminer sa 3ème année de formation à l'atelier des Arts Appliqués du Vésinet. En l'occurrence il s'agissait de répondre à la définition du mot "étincelant". Pari réussi...? Voyons...Marie-Laure construit cet ouvrage dans un mode à "plats rapportés", ce qui lui permet de travailler indépendamment chaque plat. Le matériau de couvrure est une peau de chèvre prétraitée façon chagrin à grain long de couleur "argent". Question brillance, c'est sûr, on y est.

Tahiti, de T'Serstevens, relié par Claude V.






































