L'appellation "livres jaunes" recouvre chez les Lieurs ces ouvrages de la collection "Le livre de demain", qui ont été édités dans la période 1920 à 1960, et qui ont produit environ 240 titres.
Suite à un don, l'atelier possédait un bon nombre de ces ouvrages, souvent signés par des auteurs célèbres, et remarquables aussi pour leurs gravures sur bois. Quelques Lieurs en ont choisi un pour exercer leur talent.Histoire d'une farce
La farce commence lorsque les compères Camille et Marie-Laure invitent les Lieurs à participer à un concours interne de "livres jaunes", dont ils sont organisateurs Marie-Laure (Présidente), Camille (Vice-Président), mais aussi seuls membres du jury, et de surcroit seuls inscrits. L'affaire parait quelque peu douteuse.
Malgré celà, nombre de lieurs (jusqu'à 12) s'inscrivent pour participer. Le 30 juin, dix reliures sont remises au jury.Après délibérations secrètes, le jury remet (très sérieusement) ses conclusions le 6 Juin, à l'occasion d'un petit "brunch" organisé à l'atelier.
Palmarès. Au cours de cette séance, Camille et Marie-Laure délivrent alternativement, sans complaisance ni favoritisme, l'appréciation du jury pour chaque participant, dont l'anxiété est perceptible.
Au résultat, dix catégories ayant été définies, il s'en suit que chaque participant obtient le premier prix dans sa catégorie, et qu'il n'y a donc pas de 2ème prix. Tous reçoivent les félicitations du jury.
La séance se termine dans la bonne humeur, le soulagement des candidats, autour de quelques délicatesses comestibles raisonnablement arrosées.
Une farce qui en appelle d'autres ! Pour l'an prochain ?
Dans la catégorie "Persévérence", le premier prix est attribué à Edmond Mercier, pour son livre « Le divertissement provincial », d’Henri de Régnier.. En effet, Edmond a anticipé le concours depuis au moins 10 ans, comme en attestent le journal des Lieurs du 13 Septembre 2017, et sa bibliothèque (ci-contre). Depuis, il n'a cessé de perfectionner sa technique de sorte qu'il lui faut aujourd’hui moins d’une dizaine de minutes pour produire un livre jaune.
Dans la catégorie "Lettres classiques", le premier prix est attribué à Maryse Charbonnel, pour "Les amours d’un poète", de Louis Barthou....et quel poète ! Victor Hugo, bien sûr. On est en pleine période romantique et Maryse a joué autour du thème des lettres et des mots, avec une reliure souple, très souple même… en forme d’enveloppe de simili jaune, doublée d’un joli papier orné de lignes d’écritures et fermée d’un superbe ruban assorti. L’ensemble est délicat et évoque les liasses de lettres d’amour parfumées que les dames du temps jadis cachaient dans les tiroirs secrets de leurs secrétaires… Bravo à Maryse dont les débuts en reliure sont encore récents et qui montre qu’elle ne manque pas d’inspiration !
une fois plongé dans son livre on ne le distingue plus lorsqu’on a besoin de quelqu’un pour sortir la poubelle.
Dans la catégorie "Folklore", le premier prix est attribué à Christine Caillaud pour "La petite infante de Castille" de Montherlant. Christine a choisi ce roman qui raconte une amourette de l’auteur avec une petite danseuse au cours d’un voyage en Espagne. Christine a opté pour une structure de type «passure en carton » en plein cuir jaune, avec un joli décor en forme de vagues autour des plats et du dos (à croquer comme les petits LU !). Mais l’élément principal du décor est une danseuse de flamenco superbement dessinée, en mosaïque de cuir rouge et noir. L’ensemble ne manque pas de puissance et d’expressivité ! Une touche d’originalité : la paire de castagnettes où figure en lettres (d’or !) le nom de l’auteur et qui sert de marque-pages…
Dans la catégorie « livre coquin », le premier prix est attribué à Claude Boujon, pour son ouvrage « Le séducteur », de Gérard Thouville. Le séducteur, il est là, avec sa bouche charnue, sa fine moustache en vrai poil de balayette, tout cela allant de pair avec l’érotisme brûlant du livre; ainsi p52 :« tous les jours, je me baigne, je me coiffe, je me rebaigne, je me recoiffe ». Ah ! quelle chaleur soudain nous envahit !
Dans la catégorie "histoire", le premier prix est attribué à Gilbert pour "Napoléon III", d'Octave Aubry. L'ouvrage est un « best-seller » d’Octave Aubry, historien
français (1881-1946) qui a beaucoup écrit sur la période napoléonienne. Le
pauvre est mort la veille de son discours de réception à l’Académie
Française...Gilbert, un ré-inventeur de la reliure, a opté pour une
toile jaune et une structure à dos droit. Mais bien que le dos ne soit pas
collé (ce qui réjouira Camille), le livre est un peu récalcitrant à
l’ouverture… Le décor aux deux plats est composé de symboles napoléoniens
embossés ou incrustés. Et si l’on observe attentivement le profil de la
médaille au plat recto, on observe une ressemblance frappante entre Gilbert I
et Napoléon III…Dans la catégorie du "relieur le plus chevronné ", le premier prix est attribué à Marie Laure Lameloise, pour son livre de Colette : « Chéri ». Pourquoi chevronnée ? en raison de son tropisme pour les chevrons. Avec un peu d’imagination, nous voyons bien au premier plat, Léa, ancienne courtisanne qui fut belle mais aujourd’hui fanée, un peu épaissie... au deuxième plat, Chéri, son amant, de 20 ans de moins, svelte, élancé, … tout ça ne pouvait pas durer !
ndlr. Camille a finalement avoué; les ballons n'ont rien à voir avec le sujet; mais c'était intéressant à découper (laser) et à colorier (imprimante UV)
Dans la catégorie du « Livre mystère », le premier prix est attribué à Paul Grouhel, pour son livre « Le chant du Toukan », d’Henry de Monfreid. Pourquoi mystère ? parce que la signification des deux macarons incrustés est un mystère. Casse-tête chinois ? Ancien damier d’origine perse ? Pavillon pour pirates des caraïbes (on connait la fascination de Paulo pour la mer)… Et si c’était simplement un exercice de mosaïque décorative ? Pourquoi pas ? Rien n’est interdit en reliure.
ndlr. Paulo a confirmé, c'est bien la dernière explication qui est la bonne
Dans la catégorie "Ecologiste". Le premier prix est attribué à Philippe Foscolo pour le livre de Louis Barthou "Les amours d'un poète" (2ème exemplaire). Ecologiste car il prouve qu'on peut faire de la déco avec de vieux journaux, voire des déchets de poubelle, etc... Le jury exprime cependant une réserve; pour un effet de journaux déchirés, mieux vaut choisir les coupes dans les articles météo, financiers, faits divers...plutôt que dans des articles fortement connotés; politique, religion, etc..., surtout s'ils n'ont aucun rapport avec le thème du livre.











