Il est étrange que le terme "fable", qui désignait initialement, d'Esope à La Fontaine, un court récit illustrant une maxime morale; en somme une vérité forte sur les humains, ait pris au cours du temps un sens quasiment opposé: "tu racontes des fables", c'est à dire des faits imaginaires sans grand intérêt.
Il en va ainsi du langage, comme des êtres vivants; évolutif et parfois surprenant.
Qui ne connait les Fables de La Fontaine ? "Le corbeau et le Renart", "La cigale et la fourmi", etc... En cette approche de Noël, nos relieurs en sortent deux exemplaires qui feront peut-être le bonheur d'enfants. En percevront-ils dans chacune leur portée humaine et morale ? C'est moins sûr !
La version Benjamin Rabier, vue par Gilbert
Le corbeau, la cigale... on les retrouve avec plaisir dans ce recueil grand format, mais on sera surpris du petit nombre de fables qui sont vraiment connues parmi les 73 qui figurent ici, sans compter celles qui n'y figurent pas (on en dénombre 240 au total).
Dommage, car parmi les moins connues, il en est de savoureuses...et toujours actuelles. Ainsi le "Conseil tenu par les rats". Pour se protéger de Rodilard (le chat), on décide unanimement de faire quelque chose, mais hélas....
..."Ne faut-il que délibérer
La cour en conseillers foisonne ;
est-il besoin d'exécuter
l'on ne rencontre plus personne"
Les dessins de Benjamin Rabier sont éternels, toujours merveilleusement drôles et inventifs.
Gilbert rhabille ce volume d'un simili cuir fauve qui lui permet quelques fantaisies.
Ainsi on pourra décrypter le titre à travers un rébus au premier plat (cliquer et zoomer sur la photo); la liste des fables présentes étant rapportée au 2ème plat.
Au passage, Gilbert tente la dorure décorative avec 4 fleurons aux angles de chaque plat; un coup d'essai qui mérite certainement d'être poursivi.
Une version en 2 volumes, pour Pierre
C'est une version plus luxueuse qui nous est présentée ici par Pierre, en 2 volumes, donc nettement plus étoffée. Y figurent ainsi certaines fables peu connues qui ont cependant donné lieu à des lieux communs employés dans la conversation courante.
Ainsi "Le renard et le bouc". Tous deux descendus dans un puits pour s'y désaltérer, les compères se trouvent en difficulté pour en sortir. Le renard y parvient en se hissant sur la tête du bouc, puis plante là son compagnon, sur ces mots:
"Tâche de t'en tirer
et fais tous tes efforts:
car pour moi, j'ai certaine affaire
qui ne me permet pas d'arrêter en chemin
En toute chose il faut considérer la fin"
Pierre traite les deux ouvrages sous un habillage coordonné, dans un plein cuir lisse couleur crème, rehaussé par des décorations et titres à dominante verte
Suivant une technique qu'il maitrise bien, Pierre reprend en incrustation, pour chaque volume, le principe d'une mosaïque en plaques de bois colorées. On y reconnaitra bien sûr, pour le premier tome: "Le loup et l'agneau", puis "L'aigle et la pie" pour le second.
Chaque illustration est encadrée d'un listel de bois à motif chevronné.
Les gardes-couleurs prises dans un papier marbré classique "queue de paon", complètent cet ensemble de bonne facture.
Mais que vient faire Sacha Guitry...
... dans cette séquence "fables" ? En fait, le volume consacré à cet auteur, qui nous est proposé par Claude, comporte deux pièces de théâtre. Titres: "Un sujet de roman" pour la première, et pour la deuxième "Le renard et la grenouille".
Le titre de la deuxième fait immanquablement penser à une fable, d'où sa place dans cette rubrique.Mais commençons par la première: "Un sujet de roman".
Le vieil écrivain Levaillé ne parvient pas à achever son roman, au grand dam de son épouse, ambitieuse pour lui, et qui en devient acariâtre et manipulatrice. Au final, il en conclura que, comme « un projet de roman », leur vie ne peut avoir qu’un seul dénouement « pardonner ».
La deuxième: Le renard et la grenouille", une fable ? Peut-être. Est-ce le but de l'auteur ? Si oui, alors ce n'est pas du La Fontaine, et pas vraiment de la morale; enfin, du Guitry.
.Rosy (la grenouille) exploite son amant (le renard), un noble, qui, en simulant un chantage au mariage, lui fera la leçon : « Les hommes qui aiment se payer le corps des femmes n’aiment pas les femmes qui se payent leur tête »
Claude nous présente cet ouvrage sous l'habit d'un demi-chagrin vert, complété de cuir fauve, à dos plein.
Le décor, d'un style minimaliste abstrait, tel une branche torturée, est un peu à l'image de l'écriture "Guitry", volontiers ironique, voire sarcastique... Claude s'en tient pour illustrer cette pensée énigmatique aux couleurs vert sombre/caramel qui font l'unité de l'ensemble.
Le nom de l'auteur, en lettres dansantes sur le premier plat, en rajoute dans le non-conformisme. Une dorure à l'argent plus classique sur le dos complète utilement le titrage.
Surprenant...comme du Guitry !
Tous aussi beaux les uns que les autres!
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