Qui sommes nous ?



*************** QUI SOMMES NOUS ?
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Nous sommes une association d'amateurs qui pratiquons la reliure pour notre propre plaisir. Notre local se situe à Draveil, au Village des Associations, 42, rue du Bout des Creuses.
Notre atelier est ouvert les Samedi matin (9h-12h) et après-midi (14h-17h), le Mardi matin et le Jeudi matin, et cela toute l'année.
Nous recevrons avec plaisir toute personne intéressée par la mise en valeur ou la sauvegarde des livres, pour connaître notre travail, nous voir à l'ouvrage, poser des questions, éventuellement s'inscrire à notre atelier, pourquoi pas ? ... cela à tout moment de l'année.
Donc à bientôt.........


Un mot du rédacteur en chef Camille
Ce blog est le blog de tous les Lieurs. Chacun peut y intervenir librement, insérer du texte, des photos,... Il n'y a pas de censure. Certes, on le constatera; la signature est le plus souvent celle de Camille...timidité ? réticence devant l'ordinateur ? Allez savoir ! Peu importe; qui a choisi le rôle de rédacteur se doit de l'assumer !
Mais là n'est pas mon propos. Rédacteur, certes, mais pas formateur. Dans mes articles, je présenterai des travaux d'adhérents. Je n'ai pas qualité pour les juger. Le choix des œuvres présentées ne résulte que de la bonne volonté des adhérents de me les confier pour les photos. Les remarques que j'y ferai ne reflètent que l'impression d'un quidam qui, certes, aime les beaux livres, mais sans compétence particulière sur le sujet de la reliure. Je me donne la position d'un journaliste, aucunement celle d'un spécialiste. Je tenais à préciser ce point, afin qu'il n'y ait pas de malentendu.




mercredi 26 mars 2025

Un scriptorium à Draveil

 Il peut être utile de rappeler ce qu'est un scriptorium. Un scriptorium est ce lieu, où autrefois, dans les monastères, les moines élaboraient ces magnifiques reliures que nous pouvons encore admirer dans les bibliothèques.

Or il se trouve que deux moines échappés d'une de ces officines se sont glissés parmi les Lieurs, à savoir les ci-nommés Frère Johannès-Francus (plus connu sous le sobriquet de Jean-François), et Frère Camillus (plus connu sous le patronyme de Camille), desquels nous avons pu soustraire quelques images de leurs travaux.

"L'antiphonaire" de Jean-François...

...un antiphonaire, ou un graduel, peut être un psautier, mais ni un évangéliaire, ni un sacramentaire, encore moins un lectionnaire, etc...on s'y perdrait un peu à travers tous ces termes liturgiques, qui ont au moins en commun de désigner des ouvrages impressionnants, et souvent magnifiques.

Ainsi, l'ouvrage qui nous est proposé par Jean-François serait plutôt un graduel. Un graduel est généralement un ouvrage de grande taille (env. 42x33 dans le cas présent) qui était utilisé par les chantres groupés autour du livre (d'où son envergure) posé sur un lutrin. La musique était notée en grégorien, avec la notation carrée.

La réalisation d'une reliure pour cet ouvrage posait un certain nombre de défis; et d'abord un défi "de taille", vu la dimension de l'ouvrage. Couture grand format, endossure colossale, nerfs sur-dimensionnés, autant de problèmes spécifiques que Jean-François a su relever.

A cela s'ajoute la surface gigantesque de peau (box de veau ou vachette, env 0,35 m2) qu'il a fallu manier, façonner et traiter pour réaliser la couvrure.

La figure ci-contre montre les équipements complémentaires inhérents à l'usage de l'ouvrage: bretelles cuir avec boutons de fixation pour la fermeture, coins de cuivre de protection aux angles, renforcement en cuivre de la base pour la pose sur le lutrin. 

La photo la plus à droite avec la règle montre l'envergure de l'ouvrage.

Un vrai défi pour un relieur amateur.

La "lettrine" de Camille


L'ouvrage présenté dans cet article: "Jeanne de Vixouze",  écrit par Bruno Gontier*, censé se passer au XIVème siècle dans un village reculé d'Auvergne, est l'histoire d'une amitié naissante entre une jeune paysanne et une jeune châtelaine du pays. Mais lorsque cette amitié deviendra amour, dans ce pays rude corseté par les conventions, la vie ne sera alors plus possible ni pour l'une ni pour l'autre...

Camille choisit d'illustrer cet ouvrage au premier plat par une "lettrine" inspirée des décors flamboyants des manuscrits médiévaux. Sur un fond de dorure à la feuille d'or, Camille dispose les éléments de la lettrine, à savoir les lettres J, V qui sont celles du titre, et qui se prolongent par des motifs animaliers ou floraux.

Suivant une technique qu'il a déjà proposée et souvent utilisée sous le nom de "sertissage arrière", technique qui consiste à pousser le cuir de couvrure par l'arrière, la couche avec or est ramenée vers l'avant; les vides ainsi créés étant comblés par un "négatif" des pièces de couleur. 

La lettrine ainsi montée est disposée dans un décaissement de la couvrure, qui est un cuir ciré blanc. La coupe précise des pièces du "puzzle" est assurée par découpe laser, qui autorise une bonne précision.

Le cadre ci-dessus réunit un ensemble de détails de l'ouvrage: un gros plan sur la lettrine de 1er plat, un détail du dos avec auteur et titre, une mini-lettrine en forme de 2 cœurs au second plat, la tranchefile faite à partir d'une chaînette de pacotille, et les garde-couleurs en papier rouge velouté avec charnière.

* Bruno Gontier, auteur de l'ouvrage, est le fils de Camille Gontier, rédacteur en chef du blog et de cet article en particulier

vendredi 28 février 2025

Deux aspects de la France

 Le Major est de retour

 Le célèbre Major Marmaduke Thompson revient nous rendre visite, toujours aussi caustique quant à nos petits travers de français ; ainsi 

« Quand un anglais rencontre un autre anglais, il lui dit « comment allez-vous ? », et il lui est répondu « comment allez-vous ? Quand un français rencontre un autre français il lui dit « comment allez-vous ? », et il lui est répondu « Ah ! la sciatique ; en 1951, j’avais été voir un spécialiste, etc…(suit une page de jérémiades) ». Trop vrai, Major ! 

Enfin les français ont quand même des raisons d’être heureux, puisque « La chance d’être français, c’est qu’ils habitent le seul pays du monde qui ne soit séparé de l’Angleterre que par 30  km ». So british !

 Christine nous présente sa version de l'ouvrage dans un habillage qui résume le livre à lui seul.

La couvrure de fond est tricolore; bleu, blanc, rouge; c'est donc bien de la France et des français qu'il s'agit.  Le Major est présent, avec sa canne et sa pipe, dans son élégance guindée. Un gentleman anglais de caricature, on y est !

Sans quelque originalité technique, Christine ne serait plus Christine. Le nom de l'auteur, Pierre Daninos, se retrouve en page de garde, en un semis de lettres rouges. La garde collée prise dans un papier velours rouge déborde en une bande dentelée sur la garde blanche. De la créativité et de l'invention. On ne s'en plaindra pas !

Au total un livre qui ne manque pas de couleur.


 "Prostituée", de Victor Margueritte

 Victor Margueritte, écrivain oublié des années 1920-1930, est l’auteur de nombreux romans  à tendance féministe, qui, dans le contexte étriqué de l’époque, l’amèneront à se voir accusé d’outrage aux bonnes mœurs, allant jusqu’au retrait de sa Légion d’honneur.

Le roman « Prostituée » brosse un tableau assez sombre de l’époque; d’où personne ne sort grandi ; ni la bourgeoisie cossue, ni la police des mœurs, ni les maisons de soins, et surtout pas les mâles, irresponsables jouisseurs, capables de semer la mort (la syphilis) sans retenue. Ici, les héroïnes principales : Annette et Rose, victimes de ce mal honteux par la faute du bourgeois Dumès, trouveront une vengeance relative vis-à-vis de la société : la première (qui s'en sortira), en collectionnant les amants, la deuxième (qui en mourra) en tuant un commissaire aux mœurs.

Pour cet ouvrage, Claude reprend un plein cuir marron clair moucheté, qui lui permet de disposer en incrustation l'image de couverture , titre et auteur. Au dos, un titre "à la chinoise" vient compléter la reliure.

Réalisation modeste (de l'avis même de Claude) pour un ouvrage modeste;  la reliure s'adapte au besoin du relieur, et c'est bien normal.

dimanche 5 janvier 2025

Deux psychopathes et un corbeau (qui ne l'est pas moins)

Lazare, d'Henri Béraud

L'auteur de ce roman, Henri Béraud, est quelque peu tombé dans l'oubli, peut-être en raison de son parcours politique qu'il terminera pendant la guerre dans une forme de collaboration. 

Son roman: "Lazare" (titre sans doute en référence au ressuscité de la Bible),  oscillant sans cesse entre le réel et le fantastique, s'avère à vrai dire quelque peu déroutant. Le héros, après un grave accident de la route sera l'objet d'un dédoublement de sa personnalité, qui l'amènera à exister pendant seize ans simultanément sous son ancienne identité de Jean Mourin le pianiste et alternativement Gervais le tailleur. Son délire persistant l'amènera à assassiner son double, dans le but d'effacer son image... laquelle, a la fin du roman reviendra pourtant le hanter.

Les gravures de l'ouvrage, par ailleurs, d'une facture très avant-gardiste, ne manquent pas d'intérêt.


Pour illustrer cet ouvrage, Edmond reprend avec un certain brio sa technique de deux grandes fresques sur les plats, réinterprétations en cuirs de différentes couleurs de deux gravures intérieures du roman. 

On notera, pour les deux planches, la précision de découpe des éléments de mosaïque, en progression nette (ndlr) par rapport aux réalisations précédentes (cliquer sur l'image ci-contre montrant la gravure intérieure et sa traduction en mosaïque de cuir).

 

 

 Comme à son habitude, Edmond réalise lui-même ses titres en dorures, ses papiers de garde à la cuve et ses tranchefiles en bandes de cuir alternées.

 

 

 

 Port-Tarascon, d'Alphonse Daudet 

Port-Tarascon, qui nous est proposé par Claude, est le dernier volet de la trilogie burlesque consacrée à l'illustre Tartarin, gloire de son village, toujours prêt aux aventures les plus ébouriffantes, mais qui tournent immanquablement à la farce. 

Ici, Tartarin, à qui un escroc a fait miroiter la chance de créer une république libre en Papouasie, Port-Tarascon, entrainera maints tarasconais naïfs dans une aventure catastrophique et ruineuse. Au retour conspué par ses concitoyens, notre héros ne trouvera la tranquillité qu'en traversant le terrible pont qui le mène, peuchère !...à Beaucaire; autant dire en exil !

 

 


 Claude, à son habitude, s'est fait une spécialité de matériaux de couverture peu ordinaires, cuirs lisses ou veloutés, toiles à motifs, plaques de bois, etc...Cette fois nous aurons droit à un demi-cuir lisse beige moucheté complété par un plaquage de bois sur les deux plats.

 Le premier plat comporte en incrustation l'image de la colonie débarquant à Port-Tarascon. Le titrage au ruban argenté, appliqué sur cuir et sur bois est bien posé sur le premier plat, cependant (ndlr) moins convaincant sur le dos. L'exercice est, on le sait, généralement risqué. 

 La revanche du corbeau, de Louis Pergaud

Cet autre ouvrage présenté par Edmond, écrit par Louis Pergaud, l'auteur de "La guerre des boutons", peut être classé parmi les contes animaliers, si l'on occulte le comportement trop humain des animaux concernés.


En 8 épisodes indépendants (le corbeau, la poule,le lézard, l'écureuil,etc...) l'auteur nous décrit une un milieu rude, dangereux, où la cruauté, la vindicte, la fourberie font pièce à la solidarité de groupe et à l'instinct maternel. Le corbeau du titre ne concerne que le premier épisode. Pour venger la mort d'un petit, il mobilisera une armée, tel un général, pour mener une guerre sans merci à son ennemie la buse...qui en fin de compte lui échappera.

 

 


Dans un plein chagrin vermillon, Edmond illustre l'ouvrage par une image du corbeau sur sa branche (référence au premier épisode du livre) réalisée en placages de bois colorés, sertie au centre du premier plat. Dorures, papiers de garde et tranchefiles sont à nouveau de la main de notre ami, comme d'usage.

Au total, pour Edmond, une réalisation moins ambitieuse que la précédente, mais qui atteint néanmoins son but.

mercredi 18 décembre 2024

Ce ne sont que fables...

 Il est étrange que le terme "fable", qui désignait initialement, d'Esope à La Fontaine, un court récit illustrant une maxime morale; en somme une vérité forte sur les humains, ait pris au cours du temps un sens quasiment opposé: "tu racontes des fables", c'est à dire des faits imaginaires sans grand intérêt.

Il en va ainsi du langage, comme des êtres vivants; évolutif et parfois surprenant.

Qui ne connait les Fables de La Fontaine ? "Le corbeau et le Renart", "La cigale et la fourmi", etc... En cette approche de Noël, nos relieurs en sortent deux exemplaires qui feront peut-être le bonheur d'enfants. En percevront-ils dans chacune leur portée humaine et morale ? C'est moins sûr !

La version Benjamin Rabier, vue par Gilbert

 Le corbeau, la cigale... on les retrouve avec plaisir dans ce recueil grand format, mais on sera surpris du petit nombre de fables qui sont vraiment connues parmi les 73 qui figurent ici, sans compter celles qui n'y figurent pas (on en dénombre 240 au total). 

Dommage, car parmi les moins connues, il en est de savoureuses...et toujours actuelles. Ainsi le "Conseil tenu par les rats". Pour se protéger de Rodilard (le chat), on décide unanimement de faire quelque chose, mais hélas.... 

..."Ne faut-il que délibérer

La cour en conseillers foisonne ;

est-il besoin d'exécuter

l'on ne rencontre plus personne"

Les dessins de Benjamin Rabier sont éternels, toujours merveilleusement drôles et inventifs.


Gilbert rhabille ce volume d'un simili cuir fauve qui lui permet quelques fantaisies.

Ainsi on pourra décrypter le titre à travers un rébus au premier plat (cliquer et zoomer sur la photo); la liste des fables présentes étant rapportée au 2ème plat.

Au passage, Gilbert tente la dorure décorative avec 4 fleurons aux angles de chaque plat; un coup d'essai qui mérite certainement d'être poursivi.


Une version en 2 volumes, pour Pierre

  C'est une version plus luxueuse qui nous est présentée ici par Pierre, en 2 volumes, donc nettement plus étoffée. Y figurent ainsi certaines fables peu connues qui ont cependant donné lieu à des lieux communs employés dans la conversation courante. 

Ainsi "Le renard et le bouc". Tous deux descendus dans un puits pour s'y désaltérer, les compères se trouvent en difficulté pour en sortir. Le renard y parvient en se hissant sur la tête du bouc, puis plante là son compagnon, sur ces mots:

 

"Tâche de t'en tirer

et fais tous tes efforts:

car pour moi, j'ai certaine affaire

qui ne me permet pas d'arrêter en chemin

En toute chose il faut considérer la fin"                                                  

Pierre traite les deux ouvrages sous un habillage coordonné, dans un plein cuir lisse couleur crème, rehaussé par des décorations et titres à dominante verte


 Suivant une technique qu'il maitrise bien, Pierre reprend en incrustation, pour chaque volume, le principe d'une mosaïque en plaques de bois colorées. On y reconnaitra bien sûr, pour le premier tome: "Le loup  et l'agneau", puis "L'aigle et la pie" pour le second.


Chaque illustration est encadrée d'un listel de bois à motif chevronné.

Les gardes-couleurs prises dans un papier marbré classique "queue de paon", complètent cet ensemble de bonne facture.

 

Mais que vient faire Sacha Guitry...

... dans cette séquence "fables" ? En fait, le volume consacré à cet auteur, qui nous est proposé par Claude,  comporte deux pièces de théâtre. Titres: "Un sujet de roman" pour la première, et pour la deuxième "Le renard et la grenouille". 

Le titre de la deuxième fait immanquablement penser à une fable, d'où sa place dans cette rubrique.

Mais commençons par la première: "Un sujet de roman".

Le vieil écrivain Levaillé ne parvient pas à achever son roman, au grand dam de son épouse, ambitieuse pour lui, et qui en devient acariâtre et manipulatrice. Au final, il en conclura que, comme « un projet de roman », leur vie ne peut avoir qu’un seul dénouement « pardonner ». 

La deuxième: Le renard et la grenouille", une fable ? Peut-être. Est-ce le but de l'auteur ? Si oui, alors ce n'est pas du La Fontaine, et pas vraiment de la morale; enfin, du Guitry.

.Rosy (la grenouille) exploite son amant (le renard), un noble, qui, en simulant un chantage au mariage, lui fera la leçon : « Les hommes qui aiment se payer le corps des femmes n’aiment pas les femmes qui se payent leur tête »

Claude nous présente cet ouvrage sous l'habit d'un demi-chagrin vert, complété de cuir fauve, à dos plein.

Le décor, d'un style minimaliste abstrait, tel une branche torturée, est un peu à l'image de l'écriture "Guitry", volontiers ironique, voire sarcastique... Claude s'en tient pour illustrer cette pensée énigmatique aux couleurs vert sombre/caramel qui font l'unité de l'ensemble.

Le nom de l'auteur, en lettres dansantes sur le premier plat, en rajoute dans le non-conformisme. Une dorure à l'argent plus classique sur le dos complète utilement le titrage.

Surprenant...comme du Guitry !

samedi 23 novembre 2024

De belles histoires...

 T'as de beaux yeux, tu sais...

...les lecteurs de cet article ne diront pas le contraire; s'agissant du poulpe magnifique que nous apporte Claude au menu du jour.

Derrière cette bête impressionnante se cache un livre célèbre de Victor Hugo: "Les travailleurs de la mer", dans lequel le poulpe n'est qu'une péripétie. La pauvre Giliatt, pêcheur de son état, prendra tous les risques, plongera sur une épave, affrontera le poulpe... pour mériter celle qu'il aime. Mais celle-ci ne le lui rendra pas, et Giliatt n'y survivra pas.

 Claude se saisit de l'anecdote du poulpe pour nous offrir un surprenant décor.

 

 Sur fond de toile de la couleur des fonds marins, la bête nous regarde, et...

            ..... nous suit des yeux

...comme pour épier sa proie.

 Les matériaux et couleurs choisis sont des clins d'oeil malins, voire ironiques à l'histoire: la toile "vert- passé" pour les profondeurs de l'eau, le cuir "ocellé" pour dramatiser la bête, les yeux (de poupée) pour la rendre vivante; le décor dramatique est posé.

Conclusion: la reliure n'est pas forcément une activité rébarbative

Camille réduit ses ambitions...

...en tout cas on peut le penser au vu de ses dernières réalisations.

Ces trois petits livres sont des classiques que nous avons tous connus dans notre enfance: Hansel et Gretel (Frères Grimm), Alice au pays des merveilles (Lewis Caroll), Aladin et la lampe merveilleuse (Les mille et une nuits, tradition arabe).

La particularité est leur format: format Tom Pouce 5cm x 7cm, en somme des livres adaptés à de petites mains...de petits enfants. Quoi de plus pertinent à l'approche de Noël.


Camille, pour autant, choisit de traiter ces petits livres comme des grands: reliures plein cuir s'il vous plait, dos à 3 nerfs, tranchefiles, signets, papiers de garde nuagés, rien n'y manque

En somme un exercice de reliure pour les soirées d'hiver.


dimanche 6 octobre 2024

Patrick et Camille en plein vol...

 ...de nuit. Et c'est bien du célèbre ouvrage de Saint-Exupéry qu'il s'agit, et qui faisait l'objet du concours de Reliure d'Art de Saint Rémy-les-Chevreuse, édition 2024. Les Lieurs Patrick et Camille s'y sont attelés, et même s'ils n'ont pas été primés, ils n'ont pas démérité.

 Le thème de l'ouvrage est bien connu. Rivière, chef d'une compagnie aéropostale, mesure très bien le risque d'envoyer ses pilotes voler de nuit, malgré le danger. Ce jour là, une équipe ne revient pas, prise dans un cyclone. Faut-il envoyer l'équipe suivante ? le service du courrier en vaut-il la chandelle ?

Le concours a produit cette année de belles reliures, que l'on a pu admirer lors des journées de la Biennale du 18 au 22 Septembre derniers. On peut seulement regretter que le vrai sujet, celui de la responsabilité du chef, n'ait été endossé que par une poignée de relieurs, au bénéfice d'innombrables représentations de l'avion dans la tourmente, voire d'avions tout court, ou même de décor libre. La question n'est pas nouvelle; une reliure doit-elle évoquer le thème du livre ? fidèlement ? symboliquement ? pas du tout ? A chacun sa réponse...

Aussi bien Patrick que Camille y donneront une réponse semblable, celle de l'avion dans la tourmente.

En toile de fond, Patrick pose un chagrin noir, noir comme la nuit; l'avion étant symbolisé au premier plat par une hélice au centre d'une ellipse. 

 

Des éclairs ultra-schématisés sont incrustés en mosaïque plane dans le fond de ciel. Le deuxième plat est également traité suivant une zébrure orange sur le fond noir.

Sur le premier plat, un titre en vertical est formé par des lettres en relief sur une bande jaune incrustée dans la couvrure. 

Le dos à 5 nerfs de style classique porte outre les mentions de titre et auteur, de jolis fleurons au centre des caissons.

Les tranchefiles tissées de fils de soie montés sur bâtonnets achèvent la construction de l'ensemble.


 Camille de son côté choisit une thématique de montagnes enneigées sur fond de ciel orageux. 

La base de la couvrure est un cuir ciré blanc couvrant toute la surface. En partie basse, des formes de rochers gris/noirs sont collées sur cette base blanche. Une couche de cuir supplémentaire marron foncé (la nuit), traversée de fentes formant les éclairs, est collée en partie haute sur le cuir blanc. Dans les deux cas, une pression arrière fait ressortir, en bas, la neige autour des rochers, en haut les éclairs dans le ciel (technique originale appelée par Camille "sertissage arrière" ou "aurélienne"; voir les articles antérieurs à ce sujet).


 Les garde-couleurs sont des peintures sur Canson schématisant des montagnes dans la nuit.

Sur le premier plat, 'un macaron vert serti dans une bague précise l'identification  complete de l'ouvrage, titre et auteur, en lettres dorées à l'oeser.

Le titrage au dos est traité suivant  la même technique que sur les plats, par "sertissage arrière".

Les tranchefiles sont faites d'une chaînette dorée cousue sur un ruban.

Et voilà ! ni Patrick ni Camille n'ont été primés. Mais tous les lieurs seront unanimes; c'est une injustice manifeste ! Quel jury ? De quoi y voir des soupçons de corruption ?

lundi 23 septembre 2024

 De la reliure de plus en plus timbrée...

Christine nous propose aujourd'hui ce petit ouvrage en forme d'une lettre (timbrée) : "Le poète" de Reiner Maria Rilke. Dans ce livre, Rilke, poète autrichien de fin XIXème-début XXéme, tente d’expliquer à un autre et jeune poète, sa démarche personnelle dans son travail de création.

De son point de vue, le poète ne devrait en rien poursuivre un objectif, ni se soucier de plaire, ni même d’être lu : « s’il ne peut y avoir rien de commun entre les hommes et vous, essayez de vous approcher des choses ». 

Pour le poète, le moteur de la création serait alors de libérer sa propre sensibilité aux moindres détails de la vie, et de la laisser s'exprimer: « ..des évènements insignifiants…,ils font signe et le vers les enjambe et les continue dans l’éternel ».


Pour ce qui est de la reliure, Christine nous étonne une fois de plus par son approche créative, inventive et originale qui est sa marque de fabrique. Ainsi, l'ouvrage de Rilke prend ici la forme d’une lettre, qui s’ouvre et se referme comme il en serait d'une vraie.

L'enveloppe est réalisée séparément du texte dans un cuir bordeaux, suivant la forme rectangulaire d'une lettre, avec son échancrure et son rabat. Le corps du texte est alors assemblé à l'intérieur de cette enveloppe par simple emboitage.

L'ouverture de l'enveloppe fait apparaitre à l'intérieur un papier flamboyant formant "page de garde", réalisé par notre amie suivant la technique du papier à la colle. Un système original de fermeture à base d’œillets permet de maintenir l'enveloppe fermée.

Les titres réalisés par Christine  à l'oeser sont astucieusement disposés, clin d'oeil à un courrier véritable, où le destinataire est inscrit en face avant, l'envoyeur étant rappelé au sommet de la face arrière; cela sans oublier le timbre collé au coin supérieur droit.

Ne boudons pas notre plaisir, ce travail est une belle réussite, et une vraie reliure de création. Bravo !

Le Paris des potins

Claude nous propose ce livre édité en 1933, "La vie parisienne sous le Second Empire", sous la plume de H. D'Alméras, ouvrage que l’on pourrait classer dans la genre  « histoire anecdotique », au même titre que les oeuvres du Docteur Cabanès avant lui, et de bien d’autres jusqu’à nos jours. 

On y rencontre, outre une évocation sans complaisance de l’Empereur et  l’Impératrice, pêle-mêle une foule de diversions sous tous les aspects de la vie parisienne de l’époque: la mode, les grands magasins (tel celui qui affiche "Confection d'enfants au plus juste prix" !), la Cour, les bonimenteurs des boulevards (Salamandrius, l’homme réputé incombustible jusqu’’à….l'accident !!), les mondaines et demi-mondaines, la mode du spiritisme, les restaurants, cafés, théâtres, et tout ce qui peut paraître « rigolboche » (néologisme né d’une publication de l’époque : « les mémoires de Rigolboche »), autant de faits divers aussi anecdotiques qu’insignifiants.

 

 


Claude  habille ce volume léger d’une demi toile et papier avec coins, évidemment dans les tons roses comme il convient pour cet ouvrage badin. Un encart ovale y est ménagé pour y loger une image féminine qui pourrait être une femme du monde, ou aussi bien une « cocodette » (qui, selon l’auteur n’est pas une "grisette" ni une "merveilleuse" mais est à la cocotte, ce que l’amateur est au professionnel » ).

 De curieuses tranchefiles originales, roulées dans la toile de couvrure, un titrage au dos réalisé par le relieur, complètent cette reliure coquette d’un livre léger comme une sucrerie de fête foraine.

 L'Océan gagne toujours...

C'est un ouvrage classique que nous propose Claude: "Pêcheur d'Islande", de Pierre Loti, ouvrage "iconique" des amoureux de la mer. Le récit est celui de Yann, jeune homme engagé au début comme matelot sur le morutier de Paimpol « La Marie". 

« … un de ces jours, je ferai mes noces…mais ce sera avec la mer ».

 Hélas, quelques saisons plus tard, à bord de « La Léopoldine », ce terrible présage trouvera malheureusement un écho:

« Une nuit d’Aout, là bas… au milieu d’un grand bruit de fureur, avaient été célébrées ses noces avec la mer ». Telle sera la phrase qui refermera le récit. 

 Entre temps, Yann aura connu la vie de la Bretagne (les « pardons »), celle des marins surtout, le mariage et la femme que l’on laisse au p
ort, mais aussi l’omniprésence de la mer, qui est aussi celle de la mort (Sylvestre, son ami, et tant d’autres), …

Claude traite cet ouvrage dans une suédine ocre pleine peau, dans laquelle sont ménagés des décaissements portant titrage et décoration.

Le décor, réalisé en mosaïque de cuir sur le fond jaune, évoque la mer, les bateaux avec leurs forêts de mats et de cordages, image reprise en simplifié d'une des gravures intérieures de l'ouvrage.

Sur la première de couverture, les éléments de titre réalisés en lettres de cuir noir (découpe Laser)  sont logés dans des décaissements spéciaux qui les préservent des manipulations. Des pièces de titre de même couleur au dos reprennent le titrage complet, grâce à un travail de dorure parfaitement réalisé par notre ami.